Mon cher Philippe, vous me rendez presque fière. Y a-t-il sensation
meilleure que celle de se sentir utile à ceux qu'on aime? Mais malgré
mon désir de vous secourir, il me faut partir. Hélène a eu des syncopes,
vous le savez; j'ai consulté Robin et Félizet; ils m'ont dit: «Partez,
laissez-la vivre au grand air et déchirer ses trop jolies robes aux
ajoncs de vos landes, voilà le traitement qu'il lui faut»,--c'est
pourquoi je pars.
Mais vous viendrez nous rejoindre; moi aussi j'ai pris l'habitude de
vous, de vos humeurs aussi changeantes que les nuages, de vos blâmes, de
vos approbations. Je pars le 10 avril; Pâques est le 14. Venez passer
les fêtes avec nous, cher grand.
Mère vient avec moi. Elle est attristée des mauvaises nouvelles de
Gérald. Ah! ce Tonkin! ce qu'il a déjà pris de fils aux mères! Mon frère
parle de demander un congé. Il faut qu'il ait été bien malade, le pauvre
garçon, pour songer à se reposer.
En attendant mon départ, venez souvent; reprenons nos fins de jours.
Vous allez me perdre un peu; ne soyez plus, pendant ces derniers thés
servis si mignonnement par Hélène, le cher tyran qu'on aime malgré tout.