31 mars.

Mon cher Philippe, vous me rendez presque fière. Y a-t-il sensation

meilleure que celle de se sentir utile à ceux qu'on aime? Mais malgré

mon désir de vous secourir, il me faut partir. Hélène a eu des syncopes,

vous le savez; j'ai consulté Robin et Félizet; ils m'ont dit: «Partez,

laissez-la vivre au grand air et déchirer ses trop jolies robes aux

ajoncs de vos landes, voilà le traitement qu'il lui faut»,--c'est

pourquoi je pars.

Mais vous viendrez nous rejoindre; moi aussi j'ai pris l'habitude de

vous, de vos humeurs aussi changeantes que les nuages, de vos blâmes, de

vos approbations. Je pars le 10 avril; Pâques est le 14. Venez passer

les fêtes avec nous, cher grand.

Mère vient avec moi. Elle est attristée des mauvaises nouvelles de

Gérald. Ah! ce Tonkin! ce qu'il a déjà pris de fils aux mères! Mon frère

parle de demander un congé. Il faut qu'il ait été bien malade, le pauvre

garçon, pour songer à se reposer.

En attendant mon départ, venez souvent; reprenons nos fins de jours.

Vous allez me perdre un peu; ne soyez plus, pendant ces derniers thés

servis si mignonnement par Hélène, le cher tyran qu'on aime malgré tout.

Amitié amoureuse · 第 198 / 469 题