Moi, cela me paraît charmant.
Allons donc, je retrouve ma Suzanne! jolie poupée intelligente, certes,
mais surtout combien supérieure comme fille pratique. A travers quel
prisme l'aviez-vous vue et me la présentiez-vous? Ah! quel beau
troubadour vous êtes, ma chérie, et comme je baise avec tendresse et
respect le bas de votre pourpoint.
Mais si, dans le fond, je suis ravi de la tournure prise par les
événements, à la surface, je suis rageur. Dans son dédain de moi--notez
que je le trouve tout naturel--votre nièce a touché la plaie de ma vie:
«Si encore il faisait quelque chose, ce Philippe!» Ce doute de moi,
cette éternelle hésitation qui me fait incapable de produire quoi que ce
soit, qui me rend incapable, même de faire un mari,--la pire des
conditions sociales à l'heure qu'il est, pourtant,--m'exaspère.
Elles n'ont pas tort, ces légères, de nous mépriser un peu; nous nous
ressemblons trop par certains côtés pour qu'il en soit autrement. On ne
choisit pas un sol mouvant pour y construire sa demeure. Au fond, il y a
une grande leçon à tirer de son «si encore il faisait quelque chose». Je
m'en sens l'âme tout humiliée de la bonne humilité.
Voyons, ma sage madame, un conseil: que diriez-vous si votre ami se
décidait à faire de la politique? C'est la carrière des gens qui n'en
ont pas. Des gros bonnets de mon pays m'ont dernièrement pressenti à ce
sujet. J'avais réservé ma décision, voulant vous consulter à votre
rentrée à Paris; mais les événements m'entraînent à vous en parler plus
tôt. Vous connaissez la situation, dites sincèrement votre avis.
Tendrement à vous.