Triste?... Non, je ne le suis pas, seulement un peu alanguie et
douloureuse. Si vous étiez là, je vous dirais le pourquoi de cette
morbidesse. Cela réside en des riens que je sais analyser et que je ne
peux vaincre. Ne vous êtes-vous pas surpris à garder une main un peu
plus longtemps qu'il n'eût fallu dans la vôtre sans que votre coeur ou
votre esprit y fût pour rien? cela est machinal et il plaît que ce soit
ainsi. C'est comme un peu d'effleurement idéal; c'est fugitif, ce n'est
rien; pourtant cela trouble et émotionne ainsi qu'une promesse d'amour.
Mon état est celui-ci: un peu d'indéfini flottant autour de moi et
gravitant vers quoi? je n'en sais rien.
Je me bucolise... l'automne, l'air pur et honnête des champs, la grande
solitude, voilà les entraîneurs. Ne vous moquez pas trop de moi, s. v.
p.!
Au reste, puisque vous dédaignez d'être chat, c'est au chien fidèle et
bon que je fais cette confidence d'une gêne toute morale, et non au
monsieur chic, _engardénié_ et très cravaté de blanc.
Oui, oui, ce serait charmant une visite de vous; mais je n'ai pas le
droit de prendre votre courage au mot...
Je me dis pourtant que ce pourrait être une chose enchanteresse ce
voyage, si vous êtes friand de grand vent, de givre sur les pelouses,
de houx aux feuilles luisantes, de mousses qui pleurent les feuilles
mortes.
Si les promenades dans la tourmente ne vous déplaisent pas, ni les
retours dans la maison close, ni les flâneries devant les grands feux
sans autre lumière que la flamme du foyer, à l'heure fugitive et
mélancolique du crépuscule, venez. Alors les ombres bizarres des meubles
tremblent au vacillement des flammes et s'allongent sur les tapis,
rampantes, pleines de mystère, tandis qu'au dehors les couchers de
soleil rouges ensanglantent le ciel et font croire à un gigantesque
incendie sur la mer.
Peut-être tout cela vous plairait-il infiniment.
Seigneur, où vais-je? Je ne pensais plus à votre brave peur des potins!