_Philippe à Denise._
Saalfelden, Tirol autrichien, 22 août.
Il n'eût pas été juste, madame, que mon amour vous condamnât à l'exil.
Le monde, dont vous vous souciez parfois si extrêmement, aurait pu
s'étonner d'un séjour prolongé dans vos terres cet automne, cet hiver.
J'ai quitté Paris. Aussi bien, n'y devant plus vous rencontrer, qu'y
aurais-je fait?
Je promène en un village délicieux, désert, enserré de hautes montagnes
vertes, aux cimes couvertes de neige, un morne chagrin.
Plus que jamais mon âme s'étire de détresse, et il faut le grand
isolement bienfaisant où je suis pour étouffer l'appel malsain et
maussade de vagues idées de suicide.
Adieu, madame. Je reviendrai en France lorsque je ne serai plus
dédaigneux des mouvements extérieurs de la vie.
En attendant cet oubli du seul moi valant la peine de le regarder vivre,
je demeure celui qui vous aime.