Pourquoi nier mon amour? L'avez-vous mis à l'épreuve? Je vous trouve
bien hardie de vous empêtrer de raisonnements pour me démontrer que je
ne vous aime pas.
Je vous aime. Je mets à vos pieds mes plus suaves tendresses, mon plus
inédit amour. Pour refuser la joie de vivre sous cette forme, êtes-vous
bien sûre d'avoir, dans cet impérieux refus, une compensation
équivalente au joyeux remuement que l'amour met--fût-ce pour un fugitif
instant--dans notre être?
Tant de formes qu'a déjà prises votre jeune vie ne vous ont-elles pas,
chacune, laissée pleine de désillusion?
Rien n'est--sauf une manière relative d'accepter l'effervescence
qu'amènent, de temps en temps, ces violents mouvements qui s'élèvent en
nous et nous poussent à quelque acte déterminé; ainsi fit la longue
pénétration de votre charme agissant sur moi et m'entraînant à vous
dire: «Je vous aime.»
Je vous en conjure, Denise, prenez pour vrai le trouble dont s'est
embelli l'isolement de ma vie, il m'a guidé lentement mais sûrement vers
vous, et n'opposez plus une si grande résistance à la débilité naturelle
des pauvres affections humaines. Ne perdons pas l'occasion de coudoyer
le bonheur.
Quand un homme de ma sorte est «pénétré d'une parfaite componction, le
monde entier lui est alors amer et insupportable», dit le divin livre.
J'ai, pour la première fois et pour vous seule, ressenti cette
componction... Denise, ma rebelle aimée, tout mon amour est à jamais à
vous, l'âme choisie.