12 août.

Il y a en vous un instinct qui dort et je n'ai pu l'éveiller. Ce

bienfaisant pouvoir m'a manqué. Vous perdre? A cette pensée passent les

«cortèges d'heures oubliées»--déjà!--par vous.

Ne sentiez-vous donc rien, madame, alors que vous électrisiez ma pensée

et mon coeur? Voilà le charme par quoi vous m'avez tenu: j'aimais ces

sourires de sphinx éclosant sur vos lèvres, ces mots murmurés, votre

manière de suspendre une phrase, de la laisser si bizarrement inachevée;

toutes ces choses fugitives, si personnelles, avec lesquelles vous

exprimiez certains mouvements intérieurs, je les aimais... Où donc

étiez-vous alors? Vous sembliez si près de moi!

Que venez-vous me parler des lois du monde? elles sont générales et

lointaines; mon esprit se révolte à les subir depuis que mon coeur

aime. Le monde ne me semble plus une sélection, mais une foule

indifférente, hypocrite, sans pitié, sans consolation. Pourquoi lui

sacrifierais-je ce que, à tort ou à droit, je crois être tout le

bonheur, le bonheur intime, ineffable de nos deux vies?

La nature n'a pas de moralité, je ne suis pas le premier à constater ce

fait. La conscience du monde, ses scrupules, ses pudeurs, me paraissent

une chose vraiment comique. La vertu de tous n'est qu'une apparence;

surgisse le besoin d'amour, le vertige des sens les possède et les

voilà, ces pudiques mondains, aveugles sur eux-mêmes avec autant

d'intensité qu'ils ont été clairvoyants sur les autres.

Et puis, qu'importe tout cela? Ah! Denise, combien nerveusement je vous

désire et je vous aime!

Amitié amoureuse · 第 116 / 469 题