11 août.

Pauvre cher, je me sens aussi bien malheureuse. Pouvais-je penser que ce

doux et maternel enveloppement n'était pas sans péril pour vous? Dans

votre amour naissant je n'ai vu qu'un intérêt fraternel. Mon indigence

intellectuelle me faisait si petite fille auprès de vous! J'apprenais de

vous des choses senties confusément autrefois. O mon doux maître, votre

amour me rend l'âme douloureuse; mais je ne peux pas, je ne dois pas

revenir. Les lois du monde m'imposent cette sage retraite.

Mon ami, y aurait-il donc décidément plus d'amour dans l'adultère que

dans le mariage? Libre, je sens que je vous épouserais et nous pourrions

être heureux.

Mais je ne suis pas libre; or, je ne vous aime pas assez pour croire

aveuglément à l'immuabilité de cet amour offert. Lorsque j'y songe, au

lieu de rêver, je ne vois que le côté matériel de cette intrigue; j'y

pense froidement et le courage de faillir me manque.

Vous vous êtes nourri à l'arbre maudit du paradis; il vous a fait

connaître la science du bien et du mal et vous m'en instruisez d'une

langue éloquente. Je n'ai pas l'esprit de controverse qu'il faudrait

pour résister plus longtemps à l'intoxication de ces subtils et

enivrants poisons. Croyez-moi, mon ami, toute continuation de nos

relations serait un acquiescement tacite à vos volontés d'amour. Ces

choses répugnant à mon coeur, je reste.

Peut-être aussi, tout au fond de mon âme, vous sais-je mauvais gré de

m'avoir troublée... Pourquoi m'avoir dit l'enveloppant chant

d'amour?... Pourquoi implorer si fervemment ce que je juge être la honte

et l'irréparable flétrissure d'une vie?

Amitié amoureuse · 第 114 / 469 题