Monsieur mon ami est bien le plus terrible hésitant que je connaisse.
Venez donc puisque, à quelques jours près, vous avez l'espoir de venir.
Cela vous remontera. Vous tirerez profit de cette paix que nous donnent
les choses ambiantes: Dira-t-on jamais ce que causent de bien au cerveau
fatigué le parfum d'un champ de luzerne et l'enivrement des yeux se
reposant sur tant de verdure noyée dans tant de bleu? Et la mer si
belle, avec son chant rythmé, cette «grande gueuse», comme l'appelait
Gustave Flaubert. Et tout, enfin, y compris la réception qu'on vous
prépare si amicale.
Venez!... Je suis un peu saoule du départ et voudrais vous entraîner.
J'ai remué, en préparant mes malles, avec ma lingerie, mes tulles, toute
la soie froufroutante des dessous, trop de poudre d'iris; la poussière
impalpable du fin parfum s'est répandue partout; c'est lui qui m'enivre.
Allons, venez! Vous n'avez aucune idée de l'enchantement de Nimerck en
cette saison. Venez, cher paresseux: au village, je vous trouverai une
chambre (voyez ici l'hommage discret aux convenances!) Enfin je me
mettrai en quatre _for you_. Est-ce assez, mon maître? N'allez pas, ce
soir, chez ma belle-soeur me répondre: «Oui, grosse bête!»