Madame mon amie,
Je dis comme vous: quel dommage! J'aurais tant voulu passer ces jours
avec vous; j'en avais presque besoin, triste comme je le suis.
Vous êtes bien heureuse de vous en aller; en vérité, plus je vais et
plus je prends en aversion Paris, que j'aimais tant autrefois. Les
quelques heures tranquilles et bonnes que j'ai volées à mon mauvais
destin, ces dernières années, je les ai passées loin de Paris. Combien
sont différentes, plus saines, plus personnelles et plus profondes les
émotions qu'on éprouve loin de lui. Dites bien surtout à la mer que je
l'adore.
Je suis accablé d'ennuis de toutes sortes, matériels et moraux, grands
et moyens. Je sens monter sur ma pauvre tête un orage épouvantable. Les
bonnes gens diront: c'est votre faute. La belle et intelligente
consolation! Mon courage et ma résignation sont à bout.
Dans ces tristes circonstances, votre compagnie, madame, vous si
vaillante et si bonne, m'eût été particulièrement précieuse; mais, vous
voyez, il faut aussi que j'y renonce. Du moins, j'espère que vous
penserez un peu à votre ami et que vous trouverez le temps de lui
écrire. Si vous saviez le plaisir que lui donnent vos lettres, vous lui
écririez très souvent.
Je vous prie de présenter mes hommages à madame votre mère et de dire
pour moi à votre frère mes souvenirs les meilleurs et les plus
affectueux. Il est en effet peu probable que je puisse aller à Nimerck,
même vous y rejoindre le 14. Les événements ne me semblent pas s'y
prêter. Je n'ai cependant pas encore perdu toute chance, et vous pouvez
compter que, si je peux m'échapper un instant, j'irai vous baiser la
main.
A bientôt donc, je l'espère. Excusez la désolation de cette épître, n'en
veuillez pas à la familiarité de mon affection qui vous transforme déjà
en soeur de charité. Soyez convaincue surtout, madame mon amie, que je
vous aime très tendrement; c'est ma manière de vous remercier de la
bonté et de l'indulgence que vous avez pour moi.