2 juillet.

Madame mon amie,

Je dis comme vous: quel dommage! J'aurais tant voulu passer ces jours

avec vous; j'en avais presque besoin, triste comme je le suis.

Vous êtes bien heureuse de vous en aller; en vérité, plus je vais et

plus je prends en aversion Paris, que j'aimais tant autrefois. Les

quelques heures tranquilles et bonnes que j'ai volées à mon mauvais

destin, ces dernières années, je les ai passées loin de Paris. Combien

sont différentes, plus saines, plus personnelles et plus profondes les

émotions qu'on éprouve loin de lui. Dites bien surtout à la mer que je

l'adore.

Je suis accablé d'ennuis de toutes sortes, matériels et moraux, grands

et moyens. Je sens monter sur ma pauvre tête un orage épouvantable. Les

bonnes gens diront: c'est votre faute. La belle et intelligente

consolation! Mon courage et ma résignation sont à bout.

Dans ces tristes circonstances, votre compagnie, madame, vous si

vaillante et si bonne, m'eût été particulièrement précieuse; mais, vous

voyez, il faut aussi que j'y renonce. Du moins, j'espère que vous

penserez un peu à votre ami et que vous trouverez le temps de lui

écrire. Si vous saviez le plaisir que lui donnent vos lettres, vous lui

écririez très souvent.

Je vous prie de présenter mes hommages à madame votre mère et de dire

pour moi à votre frère mes souvenirs les meilleurs et les plus

affectueux. Il est en effet peu probable que je puisse aller à Nimerck,

même vous y rejoindre le 14. Les événements ne me semblent pas s'y

prêter. Je n'ai cependant pas encore perdu toute chance, et vous pouvez

compter que, si je peux m'échapper un instant, j'irai vous baiser la

main.

A bientôt donc, je l'espère. Excusez la désolation de cette épître, n'en

veuillez pas à la familiarité de mon affection qui vous transforme déjà

en soeur de charité. Soyez convaincue surtout, madame mon amie, que je

vous aime très tendrement; c'est ma manière de vous remercier de la

bonté et de l'indulgence que vous avez pour moi.

Amitié amoureuse · 第 95 / 469 题