J'ai eu beau vous dire, hier, que j'acceptais avec enthousiasme
l'invitation de votre chère mère, il me faut encore vous l'écrire pour
avoir le prétexte de vous conter la joie ressentie de cette rencontre
imprévue, au Bois, aujourd'hui.
Vous veniez vers moi, légère, marchant vite, de ce pas rythmé que
j'adore, blottie dans vos fourrures; vous ne me voyiez pas. Votre robe
flottante s'est tout à coup collée sur votre corps gracile, par un
caprice du vent. J'en ai été ému artistement, ma chère statuette, et
plus troublé que par la nudité absolue.
Voilà l'homme fort que je suis: quelques courbes ont sur mon imagination
bien de la puissance et y sèment bien du désarroi. Rien n'est vulgaire
qui me vient de vous. Vous êtes le réveil de mes énergies; vous peuplez
ma vie de sensations. Et quelle jolie mine éveillée vous avez eue en me
reconnaissant! Votre manière d'être timide et résolue m'enchante.
Non, non, tous les plaisirs ne sont pas au-dessous de ce que
l'imagination nous les fait; les miens sont vifs et pénétrants quand, de
temps en temps, je m'oublie à savourer mes souvenirs. Et il ne faut ni
me gronder, ni m'en vouloir quand, de loin en loin, je m'enhardis à vous
envoyer ainsi la «joyeuse envolée des pensées...»