Eh bien, madame, je ne m'étais pas trompé; la sympathie me guidait
mystérieusement, mais sûrement, vers vous. J'étais hier, je vous
l'avoue, un peu troublé en entrant dans votre salon. Je me
demandais--ces sortes d'expériences sont si dangereuses--si je n'allais
pas voir s'évanouir tout à coup le rêve gracieux qui m'y avait amené.
Quelle peine pour moi si la petite fleur née dans mon imagination était
morte, subitement transplantée dans la réalité. J'en aurais beaucoup
souffert; mais j'ai été vite rassuré, et j'en suis si heureux que je ne
puis résister au plaisir de vous le dire.
Comme vous avez été bonne et jolie, et confiante et spirituelle; comme
je vous sais gré de consentir à être très simplement une femme, au lieu
de chercher à être, suivant la mode, un ennuyeux mannequin occupé à
disserter psychologiquement sur l'amour. Je vous remercie d'être gaie,
et je suis amoureux de l'air très grave que vous aviez en versant l'eau
bouillante sur le thé.
J'ai passé, grâce à vous, madame, deux heures exquises. Je vous en
devais des remerciements, et si je vous les fais d'une manière un peu
légère ce n'est pas, croyez-le bien, que je n'aie été touché des marques
plus sérieuses d'estime et de confiance que vous m'avez données. Mais
c'est là un terrain en quelque sorte sacré, où ma jeune amitié n'ose
encore s'aventurer. Je m'arrête respectueusement et vous prie de me
croire, madame, très à vous.