LE PREMIER AMANT

Revenant de deux jours en arrière, nous entrerons dans le couvent

des Carmes qui occupait un vaste emplacement sur la montagne

Sainte-Geneviève.

Outre ce couvent, les Carmes avaient encore un établissement au pied de

la montagne, place Maubert.

Le couvent de la montagne Sainte-Geneviève comportait différents

bâtiments, un cloître, une chapelle et de vastes jardins.

Plus un couvent avait de moines mendiants, plus il était riche. Les

Carmes en avaient une douzaine. Mais ce que n'avaient pas les autres

couvents, et ce qu'avait celui des Carmes, c'était deux êtres

exceptionnels pour un couvent.

Le premier était un enfant.

Le deuxième, c'était le--crieur des trépassés.

L'enfant avait quatre ou cinq ans. Il était pâle, chétif, avec un visage

souffreteux et jaune. Il n'aimait pas à jouer dans les grands jardins.

Il fuyait la société des moines. On l'appelait tantôt Jacques, tantôt

Clément. Il était de nature craintive, un peu sombre, et très sauvage.

Un seul moine avait trouvé grâce devant cet enfant, c'était le frère

crieur des trépassés. Celui-ci, dès que le couvre-feu avait sonné à

Notre-Dame, avait pour mission de se promener dans les rues noires et

silencieuses.

D'une main, il portait un falot pour éclairer sa route; de l'autre,

une sonnette qu'il agitait de loin en loin. Et alors sa voix lugubre

s'élevait:

--Mes frères, priez Dieu pour l'âme des trépassés!...

Bien que ces fonctions fussent des plus humbles, le frère crieur était

considéré et même craint. On disait que ce frère était arrivé au

couvent muni par le pape de redoutables pouvoirs. C'était d'ailleurs

un prédicateur de haute éloquence, d'une hardiesse étrange. Il avait

sollicité et obtenu aussitôt l'emploi de vaquer la nuit par les rues en

criant aux bourgeois de prier pour les trépassés.

On l'appelait le révérend Panigarola, bien qu'il n'eût pas encore

les titres nécessaires pour être traité de révérend. Dès que la nuit

tombait, Panigarola, s'il n'avait pas quelque sermon nocturne à

prononcer, se couvrait d'un manteau noir, saisissait sa clochette et sa

lanterne et s'en allait par les rues, ne rentrant souvent qu'au matin,

exténué, brisé de fatigue par sa morne promenade.

Alors il s'enfermait dans sa cellule. Il ne parlait à personne, dans le

couvent, qu'à l'abbé ou au prieur.

Tel qu'il était, Panigarola plaisait au petit Jacques. Seul, il pouvait

approcher de l'enfant qui, sans cela, eût vécu à l'abandon. On les

voyait rôder ensemble dans l'après-midi, à travers le jardin où tout

renaissait.

Le moine appelait Jacques--mon enfant d'une voix paisible et douce,

l'enfant appelait le moine--bon ami.

Ce jour-là, le moine et l'enfant, vers deux heures de l'après-midi,

étaient assis sur un banc, tandis que la communauté chantait un office à

la chapelle.

Le moine avait sur ses genoux un missel écrit en gros caractères et

imprimé en latin. Mais le livre contenait aussi quelques prières en

cette langue qu'on appelait encore--la vulgaire et qui était la langue

française.

Le petit Jacques-Clément était debout près de lui.

Le moine posa son doigt sur une ligne, et l'enfant, en hésitant, lut:

--Notre père... qui êtes au Ciel... qui est-ce, ce père, bon ami?

--C'est Dieu, mon enfant... Dieu qui est le père de tous les hommes...

--Ainsi, dit l'enfant pensif, nous avons deux pères...

--Oui, mon enfant.

--Tu as un père, bon ami? Et le frère sonneur? Et les deux gros chantres

qui ont de si vilaines figures?

--Bien certainement.

--Et les enfants qui, quelquefois, passent par-dessus le mur pour

prendre des fruits, est-ce qu'ils ont chacun leur père?

--Mais oui, mon enfant...

--Alors, pourquoi est-ce que je n'ai pas de père, moi?

Le moine pâlit. Un tressaillement de souffrance et d'amertume le secoua.

--Qui t'a dit que tu n'as pas de père?...

--Mais, fit le petit, je le vois bien... Si j'avais un père, il serait

ici avec moi... je vois bien que les autres enfants, le dimanche, quand

ils viennent à la chapelle... chacun d'eux a un père ou une mère... moi,

je n'ai ni père ni mère.

Panigarola demeura sombre, perplexe, agitant des réponses et n'osant les

formuler.

L'enfant reprit;

--N'est-ce pas, bon ami, que je n'ai pas de père, pas de mère... que je

suis seul, tout seul?

--Et moi! fit enfin le moine d'une voix qui eût effrayé un autre enfant,

que suis-je donc?...

Le petit Jacques-Clément considéra son bon ami d'un oeil attentif,

étonne.

--Toi? dit-il... tu n'es pas mon père!

Le moine eut un sursaut terrible de sa conscience, tandis qu'il

demeurait pâle et glacé. Il lutta un moment contre l'envie furieuse de

saisir dans ses bras l'enfant d'Alice!

Il se renferma dans un silence farouche; affaissé, ramassé sur lui-même,

il considéra avec horreur et délice la radieuse vision de femme qui

flottait devant lui.

Brusquement, Panigarola se leva du banc de pierre où il était assis et,

sombre, méditatif, ayant oublié l'enfant, il se dirigea vers un escalier

qui montait à sa cellule.

Dans sa cellule, Panigarola s'assit, un peu soulagé par l'ombre où il se

baignait. Et maintenant, il songeait:

--Si encore, ô Christ, je croyais en toi! si j'avais pu anéantir ma

pensée, mon âme, mes sentiments, dans cet océan obscur qui s'appelle

la Foi!... J'ai tout tenté en vain... je ne crois pas... je ne croirai

jamais...

Il souffla et son poing tomba lourdement sur la table.

--Il faut donc que je la revoie!... Depuis la scène du confessionnal, ma

passion rallumée ne me laisse plus de répit... je fatigue, je brise

mon corps à de somnolentes promenades sans fin à travers la ville

silencieuse, et, quand je parviens enfin à m'endormir, le rêve, plus

cruel que, la réalité, me l'apporte et la met dans mes bras!... Il faut

que je la revoie!... Mais que lui dirai-je, insensé? Où trouverai-je

l'étincelle sacrée qui enflammera cette âme putride et en fera une âme

aussi belle que son corps?...

Alors la tempête, qui hurlait dans cette conscience, se déchaîna plus

furieuse.

--Et que m'importe son âme! rugit-il en lui-même. Que m'importe qu'elle

ait trahi! Qu'elle ait eu des amants! Alice! Où es-tu? Je te veux, je

t'aime je t'aime!...

Lorsque le révérend Panigarola parut au réfectoire, les yeux baissés,

les bras croisés, les jeunes moines remarquèrent sa pâleur cadavérique.

La nuit vint.

Il jeta sur ses épaules un manteau noir et alla se faire ouvrir la porte

du couvent.

D'habitude, il allait au hasard, sans chemin convenu.

Ce soir-là, il marcha droit au Louvre et s'enfonça ensuite dans les

ruelles qui enveloppaient le palais des rois...

Bientôt, il arriva rue de la Hache.

Il s'arrêta presque en face de la maison à la porte verte et attendit.

Ce n'était pas la première fois qu'il venait se réfugier dans cette

encoignure sombre. Et souvent, par les nuits sans lune, après avoir

long-temps erré à travers Paris, il finissait par aboutir là, comme un

oiseau nocturne.

Ce soir-là, il déposa doucement sa clochette et son falot qu'il avait

éteint en atteignant la rue de la Hache.

Ainsi, il serait libre de ses mouvements.

Panigarola était venu avec l'intention fortement arrêtée d'entrer tout

de suite dans la maison. Et, lorsqu'il fut arrivé, lorsqu'il se fut tapi

dans son encoignure, il comprit combien lui était difficile cette chose

si simple qui consistait à heurter un marteau pour se faire ouvrir une

porte.

Cent fois, il fut décidé; et cent fois, au moment même où il se

disait:--Allons!, il se renfonça plus farouchement, plus désespérément

dans l'ombre.

Comme il était là, hésitant, finissant par se demander s'il ne valait

pas mieux escalader le mur ou plutôt s'en aller, la porte s'ouvrit... il

y eut un chuchotement... le moine demeura pétrifié d'angoisse.

Ce qu'il redoutait se produisit: il entendit un baiser, si doux qu'eût

été ce baiser.

Il allait s'élancer... Au même instant, l'homme s'en alla rapidement, la

porte se referma...

Cet homme, c'était le comte de Marillac. Panigarola put le suivre un

instant des yeux: ce fut une rapide vision aussitôt effacée.

--L'homme qu'elle aime! gronda-t-il. Il s'en va heureux, l'âme radieuse;

et moi, misérable, moi!...

Longtemps figé à la même place, le moine lutta contre la douleur de la

jalousie comme s'il l'eût éprouvée pour la première fois.

Enfin, après peut-être une heure d'attente, il se dirigea résolument

sur la porte. Au moment où il allait frapper, cette porte s'ouvrit de

nouveau.

Panigarola n'eut que le temps de s'effacer contre la muraille.

Ce fut encore un homme qui sortit et s'éloigna rapidement: cette fois,

c'était le maréchal de Damville.

Le moine ne le reconnut pas. Peut-être ne prêta-t-il qu'une attention

médiocre à ce fait qu'un homme sortait de chez Alice... après l'autre!

Il repoussa la porte et entra dans le jardin. La vieille Laura qui avait

escorté Henri n'était pas femme à s'effrayer. Au premier coup d'oeil,

elle reconnut Panigarola.

--Silence! dit le moine en lui saisissant le bras.

Et, certain que la gouvernante ne tenterait rien contre lui, il pénétra

dans la maison que venaient de quitter l'un après l'autre le comte

de Marillac et Henri de Montmorency. Après le départ du maréchal,

l'espionne écrasée de honte était tombée à genoux en s'écriant;--Qui

donc viendra me relever dans cet abîme d'ignominie!

Ces paroles désespérées, Panigarola les entendit, les recueillit

avidement, et il répondit:

--Moi!...

Alice s'était relevée d'un bond, stupéfaite, épouvantée de cette

apparition inattendue. A l'instant même, elle reconnut le marquis de

Pani-Garola, son premier amant. Sa première pensée fut que le moine

avait réfléchi depuis la scène de la confession, qu'il s'était repenti,

qu'il avait eu pitié d'elle, peut-être!... qu'il avait arraché à

Catherine de Médicis la terrible lettre accusatrice!... qu'il lui

rapportait cette lettre!...

Elle dompta son émotion, força sa physionomie à s'éclairer d'un sourire

et, très doucement, elle dit:

--Vous, Clément... vous ici... Vous avez entendu ce que je disais,

n'est-ce pas?... Vous avez compris le désespoir qui me torture...

Pendant qu'elle parlait ainsi avec une douceur humiliée, Panigarola

était entré, refermant derrière lui la porte, et il écoutait, immobile,

glacé en apparence, dévoré en réalité par tous les feux de sa passion.

Panigarola demanda:

--Quel est cet homme qui sort d'ici?

Un imperceptible sourire de triomphe passa dans les yeux d'Alice; le

moine était jaloux! donc il était à sa merci!

Elle se rapprocha vivement de lui:

--Cet homme, dit-elle, m'a infligé une des plus affreuses humiliations

que j'aie subies. Et vous savez pourtant si j'ai été assez humiliée.

--Son nom?

--Le maréchal de Damville! répondit Alice.

--Un de vos amants? fit-il avec une sourde rage.

--Clément, dit-elle, soyez généreux... ou, sans cela, je ne comprendrais

pas votre présence sous mon toit... Voulez-vous savoir ce que le

maréchal de Damville est venu me demander?...

Comme s'il n'eût pas entendu ce qu'Alice venait de dire, le moine

bégaya:

--Je suis venu vous proposer un marché

--Un marché? fit-elle d'une voix soudain glacée. Parlez!...

--Ai-je dit un marché? balbutia le moine. Pardonnez-moi, je suis fort

troublé... J'ai des choses dans la tête que je voudrais vous dire... je

suis bien malheureux, Alice.

Une idée soudaine illumina la nuit de son amour et devint pour lui comme

une étoile sur laquelle on se guide. Et ce fut avec la sérénité que lui

donnait un nouvel espoir qu'il reprit:

--Alice, j'ai vu notre enfant... aujourd'hui même.

La jeune femme tressaillit, pâlit, tout à coup bouleversée.

--Mon enfant! murmura-t-elle sourdement. Où est-il?..

--Je vous l'ai dit: il est élevé dans un couvent...

--Les couvents de Paris sont innombrables et fermés comme des

citadelles, reprit-elle amèrement. Si vous vous contentez de cette

indication, autant me dire que vous êtes venu me tourmenter... Ah!

Monsieur, l'autre soir vous n'avez frappé que l'amante et vous ne fûtes

que cruel; ce soir, vous frappez la mère et vous êtes odieux!...

--Est-ce que vraiment elle aimerait son enfant! songea le moine qui

tressaillit d'une joie profonde.

Lentement, il reprit:

--Je l'ai vu aujourd'hui, Alice. Et savez-vous ce qu'il me disait? Il me

demandait pourquoi tous les enfants ont un père et pourquoi il n'en a

pas, lui...

Elle cria avec une sorte de fureur mêlée de jalousie:

--Et vous avez pu supporter une question pareille sans crier:--Oh! mon

fils, ton père, c'est moi! O moine! moine que vous êtes! Ah! marquis

de Pani-Garola, j'avais pu croire que du moine vous aviez pris l'habit

seulement! je vois que vous en avez l'âme.

--Il ne m'a pas demandé cela seulement, reprit le moine d'une voix

terrible d'indifférence apparente; il m'a demandé aussi pourquoi il

n'avait pas de mère!...

Alice se tordait les mains. Elle comprenait maintenant ou croyait

comprendre! Ce fils, c'était la vengeance que son premier amant tenait

en réserve!

Ce soir, il lui apprenait que l'enfant demandait sa mère... il le lui

montrait seul, triste, pauvre petit abandonné... une autre fois, il

viendrait lui raconter les larmes et le désespoir de l'enfant... puis

bientôt peut-être que le petit se mourait, miné par le chagrin;

--C'est cet entant qui m'a fait réfléchir, continua tout à coup

le moine. C'est vrai, Alice, j'ai médité contre vous d'affreuses

vengeances... mais je me suis demandé si, voulant vous atteindre,

j'avais le droit de frapper l'enfant. Alice, voulez-vous voir votre

fils... notre fils!

--Oh! si vous faisiez cela!... Pardonnez-moi, Clément, tout à l'heure,

j'ai été dure, emportée... C'est fini... Donc, vous me laisseriez voir

mon fils... Ah! Clément, si vous faisiez cela... je dirais... que vous

êtes un saint, et je vous vénérerais.

--Voici donc ma pensée, dit-il. Vous vous êtes confessée à moi. Je vais

me confesser à vous. Dans ce que je vais vous dire, certaines choses

vous surprendront peut-être. Écoutez-moi jusqu'au bout, vous jugerez

ensuite... Je crois, Alice, ne vous rien apprendre de nouveau en vous

disant que je vous aime encore.

--Je le sais, dit fermement Alice.

--Bien! Pourtant, la scène de Saint-Germain-l'Auxerrois mérite que j'en

précise le sens. Dix fois j'ai résisté à l'envie forcenée de planter mes

doigts dans votre gorge. Et, si je vous avais tuée, Alice, c'eût été par

amour. Vous comprenez maintenant que toutes mes violences ne furent que

des formes atténuées de cet amour, puisque je songeais à vous tuer et

que je ne l'ai pas fait!... Je dois vous prévenir, Alice, que, tout ce

qu'un homme peut entreprendre pour oublier un amour, je l'ai entrepris.

Il paraît que je vous aimais bien, puisque je ne suis pas arrivé à vous

oublier. Ainsi, Alice, ma haine me cacha mon amour, et, pauvre fou, j'ai

pu croire à la mort de mon amour.

De nouveau, Alice fit un signe affirmatif.

--J'ai lutté, Alice, j'ai lutté terriblement contre cet amour plus fort

que le mépris. J'ai été vaincu, et me voici!

Alice comprit que le moment était venu où la vraie pensée de son ancien

amant allait se révéler.

--Tout à l'heure, reprit en effet le moine, lorsque je suis entré, j'ai

vu combien vous êtes malheureuse. La situation est donc d'une clarté

effroyable; il y a trois êtres qui souffrent affreusement: moi, vous,

l'enfant.

A ce brusque rappel, la mère frémit.

--Moi, continua le moine, qui ai compris l'impossibilité de vivre sans

vous; l'enfant qui meurt faute d'une caresse maternelle; vous qui, selon

votre propre expression, roulez dans des abîmes d'ignominie. Je suis

donc venu vous dire ceci: voulez-vous remonter du fond de votre abîme?

Voulez-vous que l'enfant vive? Voulez-vous que, moi-même, je sorte du

cercle d'enfer où vous m'avez enfermé?

--Comment? balbutia-t-elle.

--En partant avec moi, avec l'enfant! Je suis riche. Là-bas, en Italie,

je suis un homme considérable par ma famille et par ma fortune.

Un indicible espoir le faisait palpiter. Il saisit la main de la jeune

femme.

--Ecoute, dit-il en laissant déborder sa passion: nous irons où tu

voudras. Nous pouvons être heureux encore. Je suis capable d'un effort

d'amour tel que j'anéantirai le passé dans mon esprit, le mépris dans

mon âme, et que j'en arriverai à te considérer comme la vierge pure que

tu étais jadis. Mon nom, je te le donne. Ma fortune est à toi. Ma vie,

je te la livre. Tu veux bien, n'est-ce pas?

--Non, répondit Alice.

--Non? gronda le moine.

--Ecoutez, Clément, dit-elle avec une gravité, une tranquillité qui

n'étaient peut-être qu'un excès de désespoir. Vous me torturez en me

faisant ces propositions qui tiennent du rêve irréalisable...

--Pourquoi rêve? Pourquoi irréalisable? Doutes-tu de la puissance de mon

amour?

--Je ne doute pas de ton amour. Clément! Je te crois capable

d'oublier!... Mais, de nous deux, il y a quelqu'un qui jamais

n'oubliera... c'est moi!

--Que veux-tu dire?

--Que j'aime! cria-t-elle dans un éclat farouche. Que j'aime au point

d'être scélérate et criminelle, et que, le jour où je dirai adieu à mon

bien-aimé, je dirai adieu à la vie!... Je mourrais désespérée si je

mourais loin de lui!...

Elle avait un éclair de folie dans les yeux.

Hébété, stupide de douleur, Panigarola comprit que tout était fini.

Dans un geste machinal où revenait peut-être l'habitude de ses gestes de

la chaire, il leva les bras au ciel, comme pour attester ou implorer.

Mais Panigarola ne croyait pas...

Ses bras retombèrent lentement... Et, silencieux, il parut s'enfoncer,

s'évanouir dans la nuit, comme un spectre. Un instant plus tard, Alice

entendit sa clochette et sa voix, déjà lointaine, qui criait:

--Priez pour les trépassés!...

Les Pardaillan — Tome 01 · 第 57 / 80 题