LA BASTILLE

Le chevalier de Pardaillan, lorsqu'il avait entendu se refermer la

porte, lorsqu'il avait compris que cette porte de son cachot était

inébranlable, était tombé sur les dalles presque sans connaissance.

Quand il revint à lui, le premier emploi qu'il fit de son énergie fut

de se réduire au calme le plus absolu, et de dompter la fureur qui

bouillonnait en lui.

Alors, il examina la chambre où il était enfermé.

C'était une pièce assez vaste dont le plancher était composé de larges

dalles. Seulement, dans tout un angle, les dalles s'étant brisées, on

les avait remplacées par des carreaux.

Les murs et la voûte surbaissée étaient en pierres de taille noircies

par le temps; mais elles n'étaient point trop humides, le cachot étant

situé assez haut dans la tour.

Une étroite lucarne, placée assez haut, laissait entrer un peu--très

peu--de lumière et d'air. Mais en montant sur un escabeau de bois, siège

unique de cette prison, il était facile d'atteindre à cette fenêtre.

Une botte de paille, une cruche pleine d'eau sur laquelle était déposé

un pain, achevaient l'ameublement de la chambre.

Dans le corridor, on entendait le pas lent et sonore d'une sentinelle.

Pardaillan se jeta sur la paille assez propre qui devait lui servir de

lit. Une couverture trouée, élimée, traînait sur cette paille. A l'actif

de notre héros, disons qu'à ce moment d'angoisse terrible pour un homme

qui savait parfaitement qu'on ne sort de la Bastille que--les pieds

devant, à ce moment, toute sa pensée se reporta vers Loïse. L'amertume

de son arrestation lui vint surtout de ce qu'il n'avait pu courir au

secours de sa petite voisine.

--C'est moi qu'elle a appelé, songeait-il. C'est tout d'abord à moi

qu'elle a pensé dans le danger. Et me voici en prison!

Le déchirement qu'il éprouva lui fut une révélation.

--Je l'aime!

Mais à quoi bon cet amour? la reverrait-il jamais? Est-ce qu'on sortait

de la Bastille!

Et quel pouvait être ce danger qui l'avait menacée au point qu'elle

avait appelé à son secours un homme qu'elle connaissait à peine de vue?

Ce fut au duc d'Anjou que Pardaillan songea.

Sans doute le duc et ses acolytes étaient revenus de bon matin. Ou

peut-être même ne s'étaient-ils pas éloignés...

Avec un immense désespoir, Pardaillan se dit que, s'il avait passé

la nuit dans la rue comme il en avait eu un instant la pensée, non

seulement il se fût trouvé là pour protéger Loïse, mais encore il n'eût

pas été arrêté!

A force de songer à ce qu'il y avait de si terriblement ironique dans la

destinée qui le supprimait du monde des vivants, à l'heure même où il

eût pu être si heureux, il en vint à se demander pourquoi il était

arrêté...

Il devinait vaguement que le coup venait de la reine Catherine. Et

pourtant, elle s'était montrée si bonne, si franche, elle lui avait

donné rendez-vous au Louvre avec une si naturelle fermeté, qu'il

refusait de s'arrêter à ce soupçon.

Mais qui, alors?

--Est-ce que ce complot que j'ai surpris... est-ce que le duc de

Guise... mais non! comment aurait-il su!...

Le soir du sixième jour, il n'y tint plus et résolut de savoir au moins

de quel crime il était accusé.

Lorsque le geôlier entra le soir dans son cachot, Pardaillan, pour la

première fois, lui adressa la parole.

--Mon ami..., dit-il d'une voix très douce.

Le geôlier le regarda de travers.

--Il m'est défendu de parler aux prisonniers.

--Un mot! Un seul! Pourquoi suis-je ici!...

Le geôlier se dirigeait vers la porte. Il se retourna vers le jeune

homme et il le vit si bouleversé, si pâle, si pitoyable, que sans doute

il fut ému.

--Écoutez, dit-il d'une voix un peu moins rude, je vous préviens pour la

dernière fois: il m'est défendu de vous parler; si vous persistiez,

je serais obligé de faire mon rapport au gouverneur. Et l'on vous

descendrait dans les cachots!

--Eh bien, rugit Pardaillan, que cela arrive donc! Mais je veux savoir!

Je le veux, tu entends! Parle donc, misérable, ou je te jure que je vais

t'étrangler!

Il fit un bond pour se ruer sur le geôlier.

Mais celui-ci s'attendait sans doute à quelque attaque car, au, même

instant, il fut dans le corridor, et referma la porte violemment.

Pardaillan se jeta alors sur cette, porte; c'est à peine s'il réussit à

l'ébranler. Pendant toute la nuit et la journée du lendemain, il fit un

tel vacarme, il poussa de tels hurlements, il assena contre la porte de

tels coups, que le geôlier n'osa pénétrer dans le cachot.

Seulement, le gouverneur prévenu prit une douzaine de soldats solidement

armés, et, ainsi escorté, se rendit au cachot du forcené.

--C'est monsieur le gouverneur qui vient vous voir cria le geôlier à

travers la porte.

--Enfin! je vais donc savoir! murmura Pardaillan.

La porte fut ouverte. Les soldats croisèrent leurs hallebardes.

Pardaillan, dans une sorte d'accès de folie, allait s'élancer sur ces

hallebardes.

Tout à coup, il s'arrêta court...

Il venait d'apercevoir le gouverneur au milieu des soldats.

Et ce gouverneur, il le reconnaissait! C'était l'un des conspirateurs

qu'il avait vus dans l'arrière-salle de la Devinière.

--Ah! ah! fit le gouverneur, il paraît que la vue des hallebardes vous

produit le même effet qu'à tous les enragés de votre espèce! Vous

reculez maintenant! Bon, bon!... Vous ne dites plus rien?... Écoutez, je

suis une bonne âme, moi; que cela ne se renouvelle plus, vous entendez?

Sans quoi, à la première récidive, le cachot; à la deuxième, la

privation d'eau; à la troisième, la torture.

Pardaillan avait, en effet, reculé de deux pas.

--Allons! reprit le gouverneur, vous voilà sage... et prévenu! Gare le

chevalet L.

Il fit un mouvement pour se retirer. Alors Pardaillan se porta vivement

en avant.

--Monsieur le gouverneur, dit-il d'une voix dont le calme eût paru

admirable à qui eût su ce qui se passait en lui, j'ai une demande à vous

faire... Une simple demande...

--Connu! Vous voulez savoir pourquoi vous êtes ici?... Eh bien, mon

cher, laissez-moi vous apprendre une chose, c'est que je ne m'inquiète

jamais de savoir le crime de mes prisonniers. Seulement, je puis vous

apprendre aussi que, selon toute probabilité, vous ne sortirez jamais

d'ici... Ainsi, tâchez de faire bon ménage avec moi et vos dignes

gardiens.

--Je ne demande pas mieux monsieur le gouverneur, et je vous remercie de

vos bons conseils... mais là n'est pas la demande que je voulais vous

faire.

--Que vouliez-vous donc?

--Simplement du papier, une plume et de l'encre.

--C'est défendu.

--Monsieur le gouverneur, il s'agit d'une révélation.

--Une révélation?

--Oui, que je veux faire à vous-même par écrit, J'ai découvert par

hasard un complot.

--Un complot! fit le gouverneur en pâlissant.

--Un complot de huguenots, monsieur le gouverneur! Il ne s'agit rien de

moins que d'assassiner M. de Guise.

--Ah! ah! diable! et vous avez découvert cela?

--Je vous donnerai par écrit le moyen de faire saisir les damnés

huguenots et la preuve du complot. J'espère qu'on m'en saura gré et que

je pourrai rentrer en bonnes grâces...

--Eh bien, s'il en est ainsi, je vous promets, moi, de faire tout au

monde pour hâter votre délivrance.

Le digne gouverneur avait immédiatement établi son plan.

Il laisserait le prisonnier écrire sa dénonciation, puis, sur le premier

prétexte, il le ferait descendre dans une de ces bonnes oubliettes où un

homme meurt en quelques mois. Armé des révélations, il deviendrait non

seulement le sauveur de Guise, selon lui futur roi de France, mais

encore le sauveur de la sainte Eglise.

Un quart d'heure plus tard, le geôlier apporta à Pardaillan deux

feuilles de papier, de l'encre et des plumes toutes taillées.

Le chevalier saisit avidement le papier.

--Dans quelques jours je serai libre! s'écria-t-il. C'est votre maître

lui-même qui m'ouvrira les portés!

--Mon maître?

--Oui, le gouverneur, M. de Guitalens.

Le geôlier hocha la tête et se retira.

Le lendemain matin, de très bonne heure, il arriva.

--Eh bien, cette révélation est-elle écrite?

--Pas encore!... Vous comprenez... il faut que je me rappelle bien tout!

--Hâtez-vous, en ce cas... monsieur le gouverneur est impatient!

Pardaillan demeuré seul approcha l'escabeau de la fenêtre, se hâta d'y

monter et colla vivement son visage aux barreaux.

Toute la journée, il inspecta du haut de son escabeau les abords de la

prison... Il aperçut à deux ou trois reprises son chien qui errait, et

murmura avec un sourire attendri:

--Pauvre Pipeau!...

Soudain, comme il prononçait ce mot, il étouffa un cri de joie folle.

--J'ai trouvé! s'écria-t-il en descendant de son escabeau.

Aussitôt, Pardaillan saisit l'une des deux feuilles de papier qui lui

avaient été remises et se mit à écrire. Puis il plia soigneusement le

papier et le cacha dans son pourpoint.

Cela fait, à coups de talon, il brisa l'un des carreaux qui dans un

angle du cachot remplaçaient les dalles, choisit un morceau assez lourd

de ce grès et le cacha soigneusement.

Le lendemain matin, il prit la feuille de papier sur laquelle il n'avait

rien écrit.

Il la roula autour du morceau de carreau qu'il avait brisé, monta sur

l'escabeau, et, le coeur battant, reprit sa place à la fenêtre, ou

plutôt à la lucarne.

Tout de suite, son regard tomba sur Pipeau.

--Pipeau!... cria-t-il.

De l'endroit où il se trouvait, il pouvait entrevoir un coin de la porte

d'entrée. Au cri qu'il poussa, il vit les sentinelles lever la tête.

--Cela marche! gronda-t-il.

Au même instant, prenant une légère reculée, il lança violemment dans

l'espace le morceau de carreau enveloppé de son papier blanc.

L'instant qui suivit fut pour lui une seconde d'effroyable angoisse.

Il vit le papier rouler sur le sol, Pipeau le saisir, les gardes se

précipiter à la poursuite du chien.

Et ce fut seulement lorsqu'il les vit revenir qu'il descendit de

l'escabeau. Il s'assit, passa les deux mains sur son front et murmura:

--Si le chien a lâché le papier devant les gardes, je suis perdu!

Bientôt, un bruit de pas précipités retentit dans le corridor.

Pardaillan était pâle comme un mort.

La porte s'ouvrit violemment: le gouverneur apparut entouré de gardes.

--Monsieur! gronda le gouverneur, vous allez me dire ce que contenait

la lettre que vous avez jetée, ou je vous fais mettre à la question sur

l'heure!

Pardaillan poussa un profond soupir de joie.

--Je suis sauvé! murmura-t-il.

--En vain nierez-vous! reprit Guitalens. Vous avez été entendu appelant

le chien! Vous avez été vu! Répondez...

--Je ne le nie pas. Je dirai plus. C'est que, depuis longtemps, mon

chien est dressé à ce genre d'exercices.

--Il sait donc où il doit porter ce papier?

--Il le sait parfaitement; il y a été cent fois.

--C'est donc à cela que vous destiniez le papier, sous prétexte de

révélation à me faire!... Ah! vous me le paierez cher! Et à moins que

vous ne me disiez tout... A qui avez-vous écrit?

--A une personne que je nommerai tout à l'heure devant vous seul.

--Et c'est à cette personne que le chien va porter la lettre?

--Non, mais à un de mes amis, un ami sûr et fidèle qui, dès ce soir,

remettra la lettre à la personne qui doit la lire. J'ajoute seulement

que mon ami a ses entrées au Louvre à toute heure.

Le gouverneur Guitalens tressaillit.

--La personne qui doit lire la lettre habite donc le Louvre?

--Elle y habite!

Guitalens réfléchit une minute. Le prisonnier répondait avec une telle

franchise ou plutôt avec un tel aplomb qu'un commencement d'inquiétude

vague se glissa dans l'esprit du gouverneur.

--C'est bien, reprit-il. Maintenant, voulez-vous dire ce que contenait

la lettre?

--Avec plaisir, monsieur de Guitalens, fit tranquillement Pardaillan.

Mais il vaudrait mieux que je vous dise cela seul à seul... Vous m'en

pouvez croire...

--J'exige que vous parliez à l'instant.

--Soit donc, monsieur! J'ai simplement écrit à la personne en question

qu'un soir, il n'y a pas long-temps, je me trouvais dans une auberge de

Paris qui se trouve rue Saint-Denis...

--Silence! gronda le gouverneur en pâlissant.

--Et où vont boire des poètes... et autres personnages...

Guitalens devint livide.

--Prisonnier, interrompit-il d'une voix tremblante, m'assurez-vous que

votre lettre est assez grave pour que nous en parlions seul à seul?

--C'est un secret d'État, monsieur.

--En ce cas, il vaut mieux en effet que je sois seul à vous entendre.

Il se retourna et fit un geste.

Soldats et geôliers sortirent à l'instant.

--Monsieur, dit le chevalier, je ne dois pas vous surprendre beaucoup en

vous apprenant que la personne à qui est destinée ma lettre...

--Plus bas! plus bas! supplia Guitalens.

--C'est le roi de France! acheva Pardaillan. Maintenant, si vous tenez à

savoir ce que j'écris à Sa Majesté, j'ai fait un double de ma lettre à

votre intention; ce double, le voici. Lisez-le.

Pardaillan tira de son pourpoint le papier sur lequel il avait écrit la

veille et le tendit au gouverneur.

Voici ce que contenait le papier:

Sa Majesté est prévenue qu'il y a contre elle complot

d'assassinat. Messieurs de Guise, de Damville, de Tavannes, de

Cosseins, de Sainte-Foi, de Guitalens, gouverneur de la Bastille,

conspirent pour tuer le roi et faire sacrer à sa place M. le duc de

Guise. Sa Majesté aura la preuve du complot en faisant mettre à

la question le moine Thibaut, ou M. de Guitalens, l'un des plus

acharnés. La dernière réunion des conspirateurs a eu lieu dans une

arrière-salle de l'auberge de la Devinière, rue Saint-Denis.

Je suis perdu, bégaya Guitalens. Misérable!

--Monsieur! dit Pardaillan, je cherche ma liberté, voilà tout! Mais je

puis vous sauver...

--Vous!... vous me sauveriez! Et comment?... Dans quelques instants, le

roi saura l'horrible vérité...

--Eh! s'écria Pardaillan, qui vous dit que le roi va être prévenu dans

quelques instants!...

--La lettre!

--Il ne l'aura que ce soir. Mon ami ne doit la porter que ce soir, à

huit heures, entendez-vous! Nous avons donc toute une journée devant

nous!...

--Fuir?... Mais où fuir?... Je serai rejoint!...

--Non! ne fuyez pas! Arrangez-vous simplement pour que la lettre ne

parvienne pas au roi!

--Et comment?

--Un seul homme est capable d'arrêter cette lettre dans sa route: c'est

moi. Faites-moi sortir d'ici; dans une heure, je suis chez mon ami, je

reprends la lettre, et je la brûle.

--Et qui me garantit que vous feriez cela? balbutia-t-il.

--Monsieur, s'écria le chevalier, regardez-moi. Je vous jure sur ma tête

que, si vous me faites sortir, cette lettre ne parviendra pas au roi.

Puisse-je être foudroyé si je mens!... Et maintenant, écoutez: ceci

est votre dernière chance. Je ne vous dirai plus rien; si vous ne me

relâchez, le roi que je sauve me fera bien relâcher, lui! Qu'est-ce

que je risque? De rester ici un jour, deux jours au plus... Tandis que

vous... si vous ne me faites sortir, vous êtes un homme mort...

Guitalens demeura quelques minutes effondré sur l'escabeau, faisant

d'incroyables efforts pour ressaisir sa pensée vacillante. Le coup qui

le frappait était vraiment terrible; il se voyait condamné à mort; et

quelle mort! quelque supplice effroyable briserait sans doute son corps

avant qu'il ne se balançât au bout de l'une des cordes de Montfaucon! Il

claquait des dents.

--Jurez-moi, bégaya-t-il, jurez-moi... sur le? Christ... sur

l'Evangile... que vous arriverez à temps...

--Je jurerai tout ce que vous voudrez, fit Pardaillan d'une voix très

calme, mais je vous ferai observer que le temps passe... vos gardes

eux-mêmes vont s'étonner...

--C'est vrai! fit Guitalens en essuyant son front couvert de sueur.

Monsieur, dans une demi-heure, vous serez dehors.

Pardaillan eut assez de puissance sur lui-même pour commander à son

visage de n'exprimer qu'une joie de politesse.

--Comme vous voudrez! répondit-il.

Guitalens ouvrit la porte, rappela les gardes et, devant eux, se tourna

vers le prisonnier.

--Monsieur, dit-il, votre secret vaut en effet la peine d'être transmis

à Sa Majesté. Je ne doute pas de la reconnaissance du roi, et j'espère

que, dans peu d'instants, je pourrai vous ouvrir moi-même les portes de

cette Bastille.

Le geôlier de Pardaillan demeura stupéfait.

Le gouverneur, en toute hâte, fit atteler son carrosse et y monta en

disant à voix haute qu'il se rendait au Louvre. Il s'y rendit en effet

et y demeura juste le temps nécessaire pour que ses gens pussent croire

qu'il avait parlé au roi.

Au bout, non pas d'une demi-heure, comme il l'avait dit, mais d'une

heure, il était de retour et s'écriait devant quelques officiers:

--Ah! c'est bien un grand service que cet homme rend à Sa Majesté! Mais,

messieurs, silence absolu sur tout ceci.

Guitalens, séance tenante, se rendit à la prison de Pardaillan:

--Monsieur, lui dit-il, je suis heureux de vous annoncer qu'en raison du

service que vous lui rendez Sa Majesté vous fait grâce...

--J'en étais sûr!... fit Pardaillan en s'inclinant. Cinq minutes plus

tard, le chevalier était dehors.

Le gouverneur l'avait escorté jusqu'au pont-levis, honneur qui prouvait

à tous en quelle estime il tenait son ancien prisonnier. Au moment où

Pardaillan allait s'éloigner, Guitalens lui serra la main d'une façon

significative.

--Voulez-vous que je vous rassure? fit Pardaillan.

Les yeux de Guitalens flamboyèrent.

--Eh bien, écoutez donc: le papier que j'ai jeté à mon chien...

--Oui...

--L'ami qui devait le porter au roi...

--Oui, oui...

--Eh bien, l'ami n'existe pas; le papier était blanc... je suis

incapable d'une dénonciation, même pour sauver ma vie...

Guitalens étouffa un cri où il y avait autant de joie que de regret.

Un instant, il eut la pensée de mettre sa main au collet de celui qui

avouait l'avoir joué. Mais comme c'était un homme à double face, il

supposa naturellement que Pardaillan pouvait mentir, que le papier

pouvait bien contenir la dénonciation...

Il grimaça dans un sourire:

--Vous êtes un charmant cavalier, et je suis vraiment heureux de vous

donner la clef des champs!

Les Pardaillan — Tome 01 · 第 41 / 80 题