_A Georges Duval._
LE juge de paix, gros, avec un œil fermé et l'autre à peine ouvert,
écoute les plaignants d'un air mécontent. Parfois il pousse une sorte de
grognement qui fait préjuger son opinion, et il interrompt d'une voix
grêle comme celle d'un enfant, pour poser des questions.
Il vient de régler l'affaire de M. Joly contre M. Petitpas, au sujet de
la borne d'un champ qui aurait été déplacée par mégarde par le
charretier de M. Petitpas, en labourant.
Il appelle l'affaire d'Hippolyte Lacour, sacristain et quincaillier,
contre Mme Céleste-Césarine Luneau, veuve d'Anthime Isidore.
Hippolyte Lacour a quarante-cinq ans; grand, maigre, portant des cheveux
longs, et rasé comme un homme d'église, il parle d'une voix lente,
traînante et chantante.
Mme Luneau semble avoir quarante ans. Charpentée en lutteur, elle gonfle
de partout sa robe étroite et collante. Ses hanches énormes supportent
une poitrine débordante par devant, et, par derrière, des omoplates
grasses comme des seins. Son cou large soutient une tête aux traits
saillants, et sa voix pleine, sans être grave, pousse des notes qui font
vibrer les vitres et les tympans. Enceinte, elle présente en avant un
ventre énorme comme une montagne.
Les témoins à décharge attendent leur tour.