Elle m'expliqua: «Vous irez dans la rue Victor-Emmanuel, puis vous
prendrez le passage Falcone et la traverse Saint-Raphaël, vous entrerez
dans la maison du marchand de mobilier, dans la cour, tout au fond, dans
le bâtiment qui est à droite, et vous demanderez Mme Rondoli. C'est là.»
Et elle partit. Je demeurai fort surpris.
En me voyant seul, Paul, stupéfait, balbutia: «Où donc est Francesca?»
Et je lui racontai ce qui venait de se passer.
Il s'écria: «Eh bien, mon cher, profite de l'occasion et filons. Aussi
bien voilà notre temps fini. Deux jours de plus ou de moins ne changent
rien. En route, en route, fais ta malle. En route!»
Je refusai: «Mais non mon cher, je ne puis vraiment lâcher cette fille
d'une pareille façon, après être resté près de trois semaines avec elle.
Il faut que je lui dise adieu, que je lui fasse accepter quelque chose;
non, je me conduirais là comme un saligaud.»
Mais il ne voulait rien entendre, il me pressait, me harcelait.
Cependant je ne cédai pas.
Je ne sortis point de la journée, attendant le retour de Francesca. Elle
ne revint point.
Le soir, au dîner, Paul triomphait: «C'est elle qui t'a lâché, mon
cher. Ça, c'est drôle, c'est bien drôle.»
J'étais étonné, je l'avoue et un peu vexé. Il me riait au nez, me
raillait: «Le moyen n'est pas mauvais, d'ailleurs, bien que
primitif.--Attendez-moi, je reviens.--Est-ce que tu vas l'attendre
longtemps? Qui sait? Tu auras peut-être la naïveté d'aller la chercher à
l'adresse indiquée:--Madame Rondoli, s'il vous plaît?--Ce n'est pas ici,
monsieur.--Je parie que tu as envie d'y aller?»
Je protestai: «Mais non, mon cher, et je t'assure que si elle n'est pas
revenue demain matin, je pars à huit heures par l'express. Je serai
resté vingt-quatre heures. C'est assez: ma conscience sera tranquille.»
Je passai toute la soirée dans l'inquiétude, un peu triste, un peu
nerveux. J'avais vraiment au cœur quelque chose pour elle. A minuit
je me couchai. Je dormis à peine.
J'étais debout à six heures. Je réveillai Paul, je fis ma malle, et nous
prenions ensemble, deux heures plus tard, le train pour la France.