LE CHEVALIER.

«Vous croyez donc que les méchants ne sont pas heureux? Je voudrais le

croire aussi; cependant j'entends dire chaque jour que tout leur

réussit. S'il en était ainsi réellement, je serais un peu fâché que la

Providence eût réservé entièrement pour un autre monde la punition des

méchants et la récompense des justes; il me semble qu'un petit à-compte

de part et d'autre, dès cette vie même, n'aurait rien gâté. C'est ce qui

me ferait désirer au moins que les méchants, comme vous le croyez, ne

fussent pas susceptibles de certaines sensations qui nous ravissent. Je

vous avoue que je ne vois pas trop clair dans cette question. Vous

devriez bien me dire ce que vous en pensez, vous, messieurs, qui êtes si

forts dans ce genre de philosophie.

Pour moi, qui, dans les camps nourri dès mon enfance,

Laissai toujours aux cieux le soin de leur vengeance,

je vous avoue que je ne suis pas trop informé de quelle manière il plaît

à Dieu d'exercer sa justice, quoique, à vous dire vrai, il me semble, en

réfléchissant sur ce qui se passe dans le monde, que, s'il punit dès

cette vie, au moins il ne se presse pas.

Cours familier de Littérature - Volume 08 · 第 8 / 163 题