De l’honnêteté de M. de Salzard.
Je vous veux faire un beau conte d’un honnête monsieur qui s’appeloit
Salzard. Savez-vous quel homme c’étoit? Premièrement il avoit la tête
comme un pot à beurre; le visage froncé comme un parchemin brûlé;
les yeux gros comme les yeux d’un bœuf; le nez qui lui dégouttoit,
principalement en hiver, comme la poche d’un pêcheur, et alloit
toujours levant le museau, comme un vendeur de cinquailles[737]; la
gueule torte comme je ne sais quoi; un bonnet gras, pour lui faire
une potée de choux; sa robe avallée[738], que tous eussiez dit qu’il
étoit épaulé[739]; une jaquette ballant jusqu’au gras de la jambe; des
chausses déchiquetées au talon, tirant par le bas comme aux amoureux
de Bretagne (je faux, ce n’étoient pas des chausses, c’étoit de la
crotte bordée de drap); sa belle chemise de trois semaines, encore
étoit-elle déjà sale; ses ongles assez grands pour faire des lanternes,
ou pour bien s’égraffigner[740] contre celui qui est sous les pieds
de saint Michel[741]. A qui le marierons-nous, mesdamoiselles? Y
a-t-il point quelqu’une d’entre vous qui soit frappée des perfections
de lui?... Vous en riez? Or, n’en riez plus. Lui donne femme qui en
saura quelqu’une qui lui soit bonne! Quant à moi, je n’en connois pour
lui, si je n’y pensois. Non, non, ne différez point à l’aimer; car il
est gracieux, en récompense. Et quand on lui demandoit: «Monsieur,
comme vous portez-vous?» Il répondoit en villenois[742]: «Je ne
me porte jà.—Qu’avez-vous, monsieur?—J’ai la tête plus grosse que
poing.—Monsieur, le dîner est prêt.—Mangez-le.—Monsieur, ils sont onze
heures[743].—Ils en seront plus tôt douze.—Voulez-vous le poisson frit
ou bouilli, ou rôti, ou quoi?—Je le veux coi.» Et qui étoit cet honnête
homme-là? Voire, allez le lui dire pour engendrer noise; ne vous
enquérez point de lui, si vous ne le voulez épouser.