Du même curé, qui excommunia tous ceux qui étoient dedans un trou.
Un jour de fête solennelle, et à l’heure du prône, le curé de Brou
monte en une chaire pour prêcher ses paroissiens: laquelle étoit auprès
d’un pilier, comme elles sont voulentiers. Tandis qu’il prêchoit, vint
à lui le clerc[376] du presbytère, qui lui présenta quelques mémoires
de quérimoines[377], selon la coutume, qui est de les publier les
dimanches. Le curé prend ses mesures, et les met dedans un trou qui
étoit au pilier tout exprès pour semblables cas; c’est-à-dire, pour y
mettre tous les brevets qu’on lui apportoit durant le prône. Quand ce
fut à la fin de son prêche, il voulut ravoir ces mémoires, et met le
doigt dedans le trou; mais ils étoient un peu bien avant, pource qu’en
les y mettant il étoit possible ravi à exposer quelque point difficile
de l’Évangile. Il tire, il tourne le doigt; il y fait tout ce qu’il
peut: il n’en sut jamais venir à bout; car au lieu de les tirer, il les
poussoit. Quand il eut bien ahanné[378], et qu’il vit qu’il n’y avoit
ordre: « Mes paroissiens, dit-il, j’avois mis des papiers là-dedans,
que je ne saurais ravoir; mais j’excommunie tous ceux qui sont en ce
trou-là.»
Les uns attribuent cela à un autre curé, et disent que c’étoit un
curé[379] de ville. Et, de fait, ils ont grande apparence; car ès
villages n’y a pas communément de chaires pour faire le prône. Mais je
m’en rapporte à ce qui en est. Si celui qui c’est prétend que je lui ai
fait tort en donnant cet honneur au curé de Brou pour le lui ôter, m’en
avertissant, je suis content d’y mettre son nom. Au pis aller, il doit
penser qu’on a bien fait autant des Jupiters et des Hercules[380]; car
ce que plusieurs ont fait, on le réfère tout à un pour avoir plus tôt
fait: d’autant que tous ceux du nom ont été excellents et vaillants.
Aussi il n’y avoit point d’inconvénient de nommer par antonomasie[381]
_Curés de Brou_, tous prêtres, vicaires, chanoines, moines, et
capellans[382], qui feront des actes si vertueux comme il a fait.