Nous entrâmes dans le vestibule avec reconnaissance et recueillement.
--Rien, nous dit Madame D..., n'avait été changé dans l'ameublement de
la pauvre maison pour conserver religieusement les vestiges de madame
de Lamartine, de ses filles et de son fils. On entrait par un
vestibule au bout duquel était une vieille horloge de campagne qui
avait si souvent sonné les heures de l'heureuse famille alors; une
rangée de sacs de farine pour la maison était debout d'un côté, une
large cuisine s'ouvrait du côté opposé, pleine de bruit, de feu, de
domestiques, de mendiants et de malades, comme du temps de M. et de
madame de Lamartine. On entrait ensuite dans la salle à manger qui
avait été autrefois votre salle d'études quand vous appreniez à écrire
sous M. de Vaudran. Le papier peint en était taché d'encre et déchiré,
pour bien rappeler son ancien usage, puis, dans une pièce ouvrant sur
le jardin au nord, sur le midi et sur la cour d'un autre côté. C'était
ce que madame de Lamartine avait autrefois pour lit dans une grande
alcôve; on repassait ensuite dans la salle à manger qui vous
conduisait dans deux petites chambres au couchant sur le jardin. On
voyait de là les chèvres et les moutons paissant sur les bruyères de
la montagne de Craz dont vous connaissiez toutes les touffes. Elle
venait aboutir en pente roide jusqu'au jardin.
La chambre de M. de Lamartine, votre père, était de ce côté. On y
distinguait encore les clous dans la muraille qui portaient jadis son
fusil et son sabre de cavalerie, qui lui rappelait son ancien état;
il y avait aussi sur la cheminée un vieil almanach de l'état militaire
de 1789, qu'il ne quittait jamais et qui lui rappelait les noms et les
fonctions au régiment de ses anciens camarades.