XV

Nous entrâmes dans le vestibule avec reconnaissance et recueillement.

--Rien, nous dit Madame D..., n'avait été changé dans l'ameublement de

la pauvre maison pour conserver religieusement les vestiges de madame

de Lamartine, de ses filles et de son fils. On entrait par un

vestibule au bout duquel était une vieille horloge de campagne qui

avait si souvent sonné les heures de l'heureuse famille alors; une

rangée de sacs de farine pour la maison était debout d'un côté, une

large cuisine s'ouvrait du côté opposé, pleine de bruit, de feu, de

domestiques, de mendiants et de malades, comme du temps de M. et de

madame de Lamartine. On entrait ensuite dans la salle à manger qui

avait été autrefois votre salle d'études quand vous appreniez à écrire

sous M. de Vaudran. Le papier peint en était taché d'encre et déchiré,

pour bien rappeler son ancien usage, puis, dans une pièce ouvrant sur

le jardin au nord, sur le midi et sur la cour d'un autre côté. C'était

ce que madame de Lamartine avait autrefois pour lit dans une grande

alcôve; on repassait ensuite dans la salle à manger qui vous

conduisait dans deux petites chambres au couchant sur le jardin. On

voyait de là les chèvres et les moutons paissant sur les bruyères de

la montagne de Craz dont vous connaissiez toutes les touffes. Elle

venait aboutir en pente roide jusqu'au jardin.

La chambre de M. de Lamartine, votre père, était de ce côté. On y

distinguait encore les clous dans la muraille qui portaient jadis son

fusil et son sabre de cavalerie, qui lui rappelait son ancien état;

il y avait aussi sur la cheminée un vieil almanach de l'état militaire

de 1789, qu'il ne quittait jamais et qui lui rappelait les noms et les

fonctions au régiment de ses anciens camarades.

Cours familier de Littérature - Volume 23 · 第 95 / 136 题