Le lendemain matin, mes filles avaient dit adieu à la mère et embrassé
les enfants dans le berceau et nous étions déjà devant l'avenue de
Monceau et devant ses vignes pleines de vendangeurs et de
vendangeuses. Elles chantaient en cueillant les grappes avant que le
soleil réchauffât l'air du matin. Nous ne tardâmes pas beaucoup,
toujours en face du même spectacle, à entrer dans les premières
maisons de Bussières. Ce fut alors qu'Aglaé chercha son volume de
_Confidences_ pour trouver le chemin de la cure. Elle ne le trouva
plus et se mit à pleurer. «Faut-il être malheureuse, disait-elle à ses
soeurs, pour avoir perdu son guide au but du chemin.» Mais Marie, la
plus jeune, fut la plus raisonnable. «Qu'est ce que cela fait,
dit-elle, je sais toutes les lignes du volume par coeur et cette brave
famille du scieur de long de Charnay est trop honnête pour ne pas nous
le garder pour notre retour. Je gage que nous le trouverons dans la
corbeille de raisins sur le lit où tu l'auras laissé tomber en
embrassant les enfants. Voyons, que veux-tu savoir? Veux-tu que je
vous conduise à l'entrée du jardin de l'ancienne cure où M. de
Lamartine, descendant de Milly, attachait son cheval à la porte auprès
de la plate-bande de tulipes de son ami l'abbé Dumont, plus tard
Jocelyn?»--«Oh oui, dîmes-nous toutes à la fois, fions-nous à sa
mémoire, elle est infaillible et présente comme celle d'un enfant.
Voyons si elle ne se trompe pas.» Marie sourit comme quelqu'un qui est
sûr de son fait et alla marcher devant nous.