CHANT ROYAL À CHARLES VIII

1495.

Qui fait enfler ton cours, fleuve bruyant du Rosne?

Pourquoi roulent si fiers tes flotz tumultueux?

Que la nymphe de Sayne, au port majestueulx,

De ses bras argentins aille entourant le trosne:

Tu luy faiz envyer tes bonds impestueulx!

Des fleuves, tes esgaulx, coulent en assurance

Parmy des champs flouris, des plaines et des bois:

Toy, qu'un gouffre profond absorbe à ta nayssance,

Mille obstacles divers combattent ta puissance:

Tu triomphes de tous. Tel, vengeur de ses droicts,

Charles brave l'Europe et fait dire à la France.

«Rien n'est tel qu'ung héroz soubz la pourpre des roys!

Où courent ces guerriers dont la tourbe foyzonne

Entour de Pô, d'effroy soudain tourmentueulx?

Naguere ils courboient touz un front respectueulx

Devant l'ost où des lyz la trompette rezonne:

Pensent donc t'arrester, conquesrant vertueulx?

De tes haults faitz rescents la seule remembrance

Desjà, par la terreur, n'enchaisne leurs exploicts?

N'a donc assez cogneu leur parjure alliance

Que pour desconforter nos preulx et ta vaillance,

Alpes, voire Apennins sont fragiles paroys?

Va! les frappe d'ung coup! parte icel cry de France,

«Rien n'est tel qu'ung héroz soubz la pourpre des roys!»

Tel, des dieulx, qu'Hésios et cygne de Sulmone

(Trop souvent deshontez plus que voluptueulx)

Ont despainct vindicteurs, poltrons, incestueulx,

L'arbitre soubverain qu'eust sien temple à Dodone.

De la terre écraza les enfantz monstrueulx.

En vain ils menaçoient l'auguste demeurance;

En vain sur Pélion, Ossa jusqu'à trois fois

Entassé, surmontoit l'Olympe en apparence:

Ainz se rist Jupiter de leur persévérance;

Et, des montz fouldroyés les broyant soubz le poids

Apprist à l'univers ce qu'ores voyd la France,

«Rien n'est tel qu'ung héroz soubz la pourpre des roys!»

Aux armes, paladins! vostre sang ne bouillonne!

Des Romains desgradez l'Aigle tempestueulx,

Le Griffon, la Licorne aux palaiz somptueulx,

L'Ours blanc, et de Saint-Marc la superbe Lyonne,

Soustiennent de Milan le Dragon tortueulx.

L'Eridan, de vos bras, attend sa délivrance;

Hastez-vous! disputez ces passages estroicts!

Ne vous auroit le ciel confié sa vengeance,

Si de vos devanciers portant vaine semblance,

Vous ne sçaviez jouster qu'en spacieulx tournoys...

Aux mains! n'oyez quel son rendent échoz de France,

«Rien n'est tel qu'un héroz soubz la pourpre des roys!»

Ainsy, bravant la mort qui jà vous environne,

Fondez sur l'ennemy lasche et présomptueulx.

Tu ne t'attendoiz pas, pontife fastueulx,

Aus affronts qu'en ce jour, sur ta triple couronne,

Verseroient tes efforts tousjours infructueulx!

Quoy! se peut-il encor que Victoire balance?

Dieulx seroient incertains où se montre Valoys?

Non, non: sur l'hydre mesme, en Hercule il s'eslance;

Perfide Mantouan, rompz ta derraine lance!

L'air au loing en mugist: Ludovic, aux aboys,

Palist, tombe et s'escrye: «Ô trop heureuse France,

«Rien n'est tel qu'ung héroz soubz la pourpre des roys!»

Cours familier de Littérature - Volume 23 · 第 41 / 136 题