Près d'une table toute servie une jeune fille est debout.
Sa taille est fine et souple, son air à la fois malin et candide, son
front pur. Bon pied, bon oeil, bon coeur et bon appétit.
Elle tient à la main une assiette dans laquelle fume le potage qu'elle
s'apprête à manger. Elle y a plongé une première fois la cuiller qu'elle
a approchée de sa bouche. Mais le potage, brûlant, a trompé son attente.
Vite, soufflons. Donc elle souffle, en attendant mieux. Elle ne semble
pas d'ailleurs pressée outre mesure. Elle a là, sous les yeux, un
spectacle qui la réjouit, et semble captiver son attention. La table est
posée près de la fenêtre, la fenêtre est ouverte et par cette fenêtre,
une bande d'aimables parasites, les hôtes du pigeonnier, à tout coup
fait irruption dans la chambre. Elle a pris possession de la table, et
comme en pays conquis elle en use ou plutôt en abuse.
Ce n'est rien, comme vous voyez, ce sujet de tableau, choisi par M.
Caraud; et cependant, de ce rien, il a fait une chose charmante, devant
laquelle, au Salon de cette année, on s'oubliait volontiers. Toile
très-gracieuse et très-délicate, oeuvre d'un artiste du talent le plus
fin.