1832
On a tort de prétendre que la Restauration ne protégeait pas
l'industrie. Elle était trop dévote pour ne pas encourager les
fabriques.
Il y a, prétend Odry, cette différence entre les moutons et les valets
du ministère qu'on marque les premiers quand ils sont à vendre et les
seconds quand ils sont vendus.
Monsieur le président de la Chambre a dit avant-hier: «Je mets aux voix
le chiffre le plus élevé.» Une faute typographique lui fait dire dans un
journal ministériel: «Je mets les voix au chiffre le plus élevé.»
On suspend les pièces qui déplaisent; on suspend les journaux qui
gênent. La censure est décidément commuée en suspension.
Si le peuple, disait hier un député, s'avisait à son tour de suspendre
tout ce qui le froisse, le budget pourrait bien être suspendu.--«Dieu
nous en préserve, répondit M. de Corcelles, il est déjà bien assez
élevé.»
Un inventeur de nouvelles lampes dit dans son prospectus, pour les faire
valoir, qu'elles servent à l'éclairage du bureau de la Chambre des
députés. C'est une triste recommandation.
Un journal ministériel dit ce matin que la monarchie est le seul remède
qui puisse guérir les maux de la France. Il n'y a pourtant que les
imbéciles qui croient encore à la médecine _Leroi._
S. M. Louis-Philippe vient de donner son..... nom à une nouvelle rue.
1833
On assure qu'il a été question au parquet de saisir le _Journal du
Commerce_, à cause d'une annonce qui commence ainsi: «Tous les fruits
verts et notamment la poire, ne seront pas de conserve cette année.»
On nous dit que la République pâlit. C'est probablement qu'elle n'a pas
à rougir comme certaines gens.
Nous jouissons d'une _immense_ liberté...
N. B.--Ce _carillon_ est de M. de Broglie.
M. Thiers a dit: «J'ai une foi absolue dans la durée du système que j'ai
l'honneur de servir.»--Il faut que M. Thiers soit bien crédule.
Nous n'avons jamais été moins libres que depuis que nous vivons sous la
meilleure des républiques. On a bien raison de dire que le mieux est
l'ennemi du bien.
Le juste milieu est gardé à Paris par l'amour des citoyens et par six
régiments d'infanterie, quatre de cavalerie et deux d'artillerie.
Un journal ministériel dit ce matin qu'en fait de République la
meilleure ne vaut rien. C'est ce que nous répétons tous les jours à ceux
qui prétendent que nous vivons sous la meilleure des républiques.
Eh bien! que dites-vous de la mère de votre roi? demandait dernièrement
M. de Schossen à M. Berryer.--Et vous, répliqua celui-ci, que dites-vous
du père du vôtre?... (_Historique._)
A propos des bruits qui courent sur l'intention qu'aurait le juste
milieu d'employer quelque jour contre le peuple les nouvelles
fortifications de Paris, le _Journal des Débats_ s'écrie:
«S'imagine-t-on donc avoir à faire à un _despote imbécile?_» A un
despote non.
On assure que l'on va abolir le bureau des longitudes pour le remplacer
par un autre beaucoup plus convenable sous l'ordre de chose actuel,
c'est-à-dire par un bureau des _platitudes._
Désormais le juste milieu nous parlera par la bouche.... des canons.
Les forts autour de Paris seront _détachés._ C'est comme les cours.
Voici comment les choses se passeront dans l'affaire des fortifications
de Paris: d'abord le corps de la place, puis un épaulement, puis un
rempart, puis un fossé, et au bout du fossé...
Avant-hier la monarchie citoyenne a reçu la visite de M. Vitet,
l'inspecteur des ruines.
Il n y a rien de tel qu'une _clef d'or_ pour ouvrir et fermer une
chambre à volonté.
Un journal ministériel s'étonne qu'il se rencontre des gens qui osent se
moquer de la majorité; car jamais, ajoute-t-il, on ne vit de Chambre
plus _imposante_. C'est précisément ce dont se plaignent les
contribuables.
La Gaîté nous annonce une prétendue première représentation de _la Fête
du voleur_. Il nous semble que nous avons déjà vu quelque chose dans ce
genre (1).
[Note 1: Ce carillon est du 5 mai. Quatre jours par conséquent
après la fête du roi.]
Sur toutes les scènes à présent, le beau rôle est pour les voleurs. On
sait que le théâtre a la prétention d'être le miroir de l'époque.
Sa Majesté doit, dit-on, partir pour les départements le 20 mai. Les
préfets ont déjà reçu l'ordre de préparer l'enthousiasme et d'organiser
l'ivresse.
Il a fallu à Lyon mettre en réquisition l'artillerie et les baïonnettes
pour empêcher la République d'héberger ses amis. On ne sera jamais
obligé, pour un pareil motif, d'en venir à ces extrémités à l'égard de
la royauté citoyenne.
Le grand Turc vient d'accorder une amnistie pleine et entière à tous les
prévenus des délits politiques. Ceci est une nouvelle preuve que
l'influence du gouvernement français est nulle à Constantinople.
On sait que le savetier de La Fontaine ne chanta plus dès qu'il fût
devenu riche. Si l'accumulation des écus produit cet effet, il ne faut
pas s'étonner que certain gros et gras personnage ait cessé ses refrains
patriotiques.
Le _Constitutionnel_ signale l'existence d'un nouveau _banc d'huîtres._
Il veut sans doute parler d'une banquette qui vient d'être ajoutée au
centre de l'enceinte législative au Palais-Bourbon.
L'autre jour un amateur, arrêté devant les carreaux d'Aubert, ayant vu
un certain personnage appuyé sur un énorme coq, s'écria en poussant son
voisin:--«Voilà un fameux coq, hein?»
La saisie de la _Tribune_ nous a beaucoup étonnés; nous ne pensions plus
qu'il était possible d'exciter à la haine et au mépris du gouvernement
du roi.
On a bien tort de dire que l'ordre de choses n'a pas de tendresse pour
Paris. C'est, au contraire, pour lui qu'il réserve tous ses feux.
On est étonné qu'un gouvernement qui absorbe tant de millions ait si peu
de valeur.
On disait autrefois: «Pour faire la guerre, il faut de l'argent, de
l'argent, et encore de l'argent.»--L'ordre de choses emploie la même
recette pour la paix.
Le jour de l'inauguration de la statue de Napoléon sur la place Vendôme
bien des gens n'étaient pas de l'avis du bon Lafontaine quand il dit:
Mieux vaut goujat debout qu'empereur enterré.
La France ne songe qu'à recouvrer ses frontières. L'ordre de choses
pense à recouvrer ses écus.
Le juste-milieu ressemble à ces poltrons qui se sont fait de mauvaises
affaires et que la pour force à garder la _chambre._
M. Thiers soutient qu'en fait d'impôts il ne faut pas négliger les
petites tailles.
Jules Rohaut.
(A suivre.)
[Illustration: PROCÈS DU MARÉCHAL BAZAINE UNE SÉANCE DU
CONSEIL DE GUERRE SIÉGEANT A TRIANON.]