XVI

_On envoya donc à Maccon, alors comte de Poitiers, un ordre dans lequel

on lui enjoignait de réprimer cette sédition par la force, s’il

éprouvait de la résistance. A cette nouvelle, Chrodielde commande à ses

sicaires de se tenir en armes devant la porte de l’oratoire, afin que,

prêts à résister au magistrat, ils puissent, si celui-ci voulait user de

violence, repousser la force par la force. Le comte fut donc obligé de

s’avancer en armes et de réduire les uns en les frappant à coups de

barres, quelques autres à coups de traits, et d’user de l’épée envers

les plus opiniâtres. A cette vue, Chrodielde, prenant la croix du

Seigneur, dont elle avait jusque-là méprisé la puissance, sort au-devant

du comte en disant: «Gardez-vous d’user de violence envers moi, je vous

prie, qui suis reine, fille d’un roi et cousine d’un autre roi;

gardez-vous de le faire, de peur que vienne le temps où je me vengerai

de vous.» Mais le peuple, s’embarrassant peu de ce qu’elle disait, se

précipita, comme nous l’avons dit, sur ceux qui faisaient résistance,

les entraîna garrottés hors du monastère, et, après qu’on les eut

attachés à des poteaux, frappés cruellement, coupé aux uns les cheveux,

aux autres les mains, à d’autres le nez et les oreilles, la sédition

étouffée s’apaisa._ (GRÉGOIRE DE TOURS, _Hist. eccl. des Francs_, X,

XV.)

Le meneur de louves · 第 31 / 36 题