«A nos Seigneurs à toujours, Gundégisil, Nicasius, et Saffarius,
très dignes possesseurs du siège apostolique, les évêques
Ethérius, Syagrius, Eunacharius, Hésychius, Agrœcola, Urbicus,
Félix, Véranus, item Félix et Bertchramm. Nous avons reçu les
lettres de vos béatitudes; et autant, à l’ouverture des
nouvelles, nous avons été réjouis au sujet de votre santé,
autant nous sommes saisis d’un chagrin profond au sujet de
l’injure que vous nous marquez avoir reçue, puisqu’on brise la
règle et qu’on ne conserve aucun respect pour la religion. Vous
nous avez fait connaître que les religieuses qui, à
l’instigation du Diable, sont sorties du monastère de Radegunde,
d’heureuse mémoire, n’ont consenti à écouter aucune de vos
admonitions ni rentrer dans l’enceinte de leur monastère
qu’elles avaient quitté, et que de plus elles ont insulté à la
basilique du bienheureux Hilaire, en vous y maltraitant vous et
les vôtres; qu’à cette cause vous avez cru devoir les suspendre
du bienfait de la communion; et vous avez souhaité de recevoir
sur cela les avis de notre médiocrité. En conséquence, comme
nous savons que vous avez très à propos cité les canons, et que
la règle statue formellement que ceux qui seront surpris en de
pareils excès doivent être punis non seulement par
l’excommunication, mais par les peines de la pénitence; ajoutant
en cette affaire aux témoignages de notre respect notre
sentiment ardemment désireux de notre affection, nous déclarons
adhérer complètement à votre avis relativement aux points que
vous avez touchés jusqu’à ce que, réunis au concile synodal des
calendes de novembre, nous délibérions ensemble sur le moyen de
mettre un frein à l’audace de telles gens, afin que dorénavant
nul n’ose se permettre, encouragé par l’indulgence, de commettre
de pareilles choses. Cependant, comme la parole du Seigneur
Apôtre Paul nous avertit sans cesse que nous devons à _à temps
et à contretemps_ corriger par la prédication tous ceux qui
s’oublient; et comme elle nous assure que la _piété est utile à
tout_, nous vous engageons encore à conjurer par des prières la
miséricorde divine, afin que l’esprit de componction daigne
enflammer ces femmes et qu’elles rachètent dignement par la
pénitence les fautes qu’elles ont commises; afin que, par votre
prédication, Christ aidant, ces âmes, mortes, en quelque sorte,
retournent dans leur monastère; afin que celui qui rapporta sur
ses épaules dans la bergerie la brebis égarée daigne se réjouir
de leur retour comme de l’acquisition d’un troupeau. Nous vous
demandons surtout de constamment nous accorder, comme nous
l’espérons, le secours de votre intercession.
Votre dévoué Ethérius, humble pécheur, qui se permet de vous
saluer. Votre client Eséchius, qui prend la liberté de vous
saluer respectueusement. Votre ami Syagrius, qui vous salue
respectueusement. Urbicus, pécheur, qui vous honore et vous
salue avec soumission. L’évêque Véranus qui vous vénère et vous
salue respectueusement. Votre serviteur Félix, qui se permet de
vous saluer. Votre humble et affectionné item Félix, qui ose
vous saluer. Votre humble et obéissant Bertchramm, évêque, qui
prend la liberté de vous saluer.»
_Lettre des évêques à Gundégisil_, donnée par