C'est le 29 août, à dix heures, dans la salle de la Réformation, qu'a eu
lieu à Genève le service funèbre du duc de Brunswick, qui est mort, on
le sait, il y a une quinzaine de jours, dans cette ville.
Au centre de la salle, tendue de noir, s'élevait le catafalque, surmonté
d'un vaste dais de drap, noir également, orné d'argent et doublé
d'hermine. Aux angles se tenaient, immobiles, quatre soldats de la
gendarmerie, en grande tenue et l'arme au pied. Au fond de la salle, sur
une vaste estrade, avaient pris place, à droite et à gauche de la
tribune, occupée par l'ecclésiastique officiant, les autorités, les
représentants de la famille du défunt et les exécuteurs testamentaires.
A gauche du catafalque étaient placés les jeunes gens représentant le
gymnase et chacune des classes des deux collèges, puis le corps des
officiers; et, en arrière, avec son drapeau voilé de deuil, la Société
littéraire.
Après l'office funèbre, le cortège se dirigea vers le cimetière. Un
peloton de guides à cheval ouvrait la marche, précédé par un commissaire
de police revêtu de ses insignes. Puis venaient: une batterie de
tambours, aux caisses recouvertes d'un crêpe; une musique d'élite;
ensuite, traîné par six chevaux empanachés et couverts de housses noires
à lames d'argent, le char funèbre, recouvert lui-même de drap noir sur
lequel se voyaient brodées en argent les initiales du défunt surmontées
de la couronne ducale et ses armoiries en couleur. Les quatre coins du
poêle étaient portés par des officiers de sapeurs-pompiers, et le dais
du corbillard était surmonté d'un fleuron de plumes noires à collet
d'argent et empanaché de même à chacun de ses angles.
Derrière le char commençait le cortège funèbre, divisé en sections que
séparaient d'assez longs intervalles. Le corps des fanfares militaires
fermait la marche. Le bataillon des sapeurs-pompiers et deux compagnies
de chasseurs formaient la haie.
Le cortège a suivi le Grand-Quai, le Molard, les Rues-Basses, la
Corraterie, la place Neuve et la rue Galame, pour se rendre au cimetière
de Plainpalais, où, devant le tombeau provisoire du duc, que représente
un de nos dessins, le président du Conseil administratif a prononcé un
discours, qui a été l'acceptation officielle du testament du défunt,
lequel a laissé, comme on sait, toute sa fortune à la ville de Genève.
Cette fortune est considérable. Voici, d'après une note qu'ont publiée
plusieurs journaux, quel en serait l'état, suivant le compte fourni en
1866 par la maison Baring à l'empereur Napoléon, lorsque le duc de
Brunswick se proposait de laisser ses biens au prince impérial: Russe 5
pour 100 (1822), 50,000 liv. st.; Russe 5 pour 100, 50,000; Russe 3 pour
100, 50,000: Turcs 6 pour 100 (1858), 100,000; Péruvien 4 1/2 (old),
80,000; Péruvien 4 1/2 (now), 52,000; Canada 6 pour 100, 50,000;
Brésilien 4 1/2, 50,000; Égyptien 7 pour 100, 50,000; Américain 8 pour
100, 100,000; Mississipi 6 pour 100, 25,000; diamants, 200,000;
uniformes, 16,000; hôtel Beaujon, à Paris, 60,000.
Total: 933,000 liv. st., soit 23,325,000 fr.