Verdun et la porte Chaussée

La ville de Verdun, le seul point du territoire français que foulent

encore les troupes allemandes, est située sur la Meuse, qui la divise en

cinq parties. La plus considérable, la ville haute, occupe un

escarpement rocheux, où se trouve la belle promenade de la Roche, qui

domine à pic la rive gauche de la rivière et d'où l'on jouit d'une vue

magnifique. La ville, dans son ensemble, est assez bien bâtie et

renferme quelques monuments dignes d'être visités: sa cathédrale, son

évêché, son musée, son hôtel de ville, sa place Sainte-Croix, ornée de

la statue en bronze de Chevert, et le pont du même nom; mais ses rues,

dont quelques-unes descendent rapidement vers la Meuse, sont pavées de

cailloux pointus sur lesquels on marche difficilement.

Place de guerre, Verdun est entouré de fortifications qui consistent en

dix fronts bastionnés, et en une citadelle, bâtie par Vauban, séparée de

la ville par l'esplanade de la Roche, et dans laquelle est englobée une

partie de l'abbaye de Saint-Vannes, qui sert de caserne. L'enceinte est

percée de quatre portes, dont l'une, la _porte Chaussée_, transformée

aujourd'hui en prison militaire, mérite une mention spéciale. Nous en

donnons une vue dessinée d'après nature. Elle se compose de deux grosses

tours crénelées, reliées par une courtine au bas de laquelle s'ouvre la

porte. On arrive à cette porte par un pont de fer à deux arches.

La ville de Verdun fut prise par les Prussiens en 1792, après un

simulacre de résistance. On sait qu'il s'y trouvait dans sa population

un parti favorable, à l'invasion, et que lorsque le commandant prussien

y fit son entrée, des femmes et des jeunes filles vinrent au-devant de

lui, portant des corbeilles de fleurs et de dragées. Elles en furent

punies, car les Prussiens ayant évacué la place après la bataille de

Valmy, elles furent envoyées à Paris et moururent sur l'échafaud.

Aujourd'hui, grâce au ciel, il n'y a plus à Verdun qu'un seul parti, et

ce parti, c'est-à-dire toute la ville, est en joie dans l'attente du

grand événement: l'évacuation complète du territoire par l'ennemi. Le

quatrième quart du cinquième et dernier milliard de l'indemnité est en

route pour l'Allemagne, et l'on sait qu'aux termes du dernier traité

conclu avec cette puissance, le point extrême fixé pour l'évacuation est

le 20 septembre!

L'Illustration, No. 1593, 6 Septembre 1873 · 第 9 / 30 题