M. DE CHATEAUBRIAND.

Paris, 31 juillet 1830.

Sorti hier pour aller vous voir, j'ai été reconnu dans les rues,

trainé et porté en _triomphe_, bien malgré moi, et ramené à la chambre

des pairs où il y avoit réunion. Aujourd'hui, je suis si découragé par

ma _gloire_ que je n'ose plus sortir; je vais entrer dans une carrière

périlleuse où je me trouverai presque seul, mais où je me ferai tuer,

s'il le faut. Je veux rester fidèle à mes serments, même envers des

parjures. Quel malheur d'être si loin de Vous! point de voiture, aucun

moyen de communication.

Mille hommages, Madame, je tâcherai de saisir quelque occasion pour

aller jusques dans la rue d'Anjou. La nuit seroit le bon moment, mais

je ne puis à cause des frayeurs de Mde de Ch., des malades et des

réfugiés qui m'ont demandé l'hospitalité. Mde R. n'est pas revenue, je

m'attende à la voir arriver à chaque instant.

Paris, le 13 mai 1831.

Je me suis présenté à votre porte pour deux bien tristes raisons.

Croyez, Madame, à toute la part que je prends à Votre douleur ainsi

qu'à celle de Monsieur d'Osmond. Je vais quitter la France, je ne sais

si je vous reverrai jamais. Si vous voulez bien me conserver, un

souvenir, j'en serai plein de reconnoissance.

Recevez, Madame, je vous prie, avec mes adieux, l'hommage empressé de

mon respect.

Récits d'une tante (Vol. 3 de 4) Mémoires de la Comtesse de Boigne, née d'Osmond · 第 39 / 106 题