ARGUMENT

Buckonghahelas, grand chef de guerre Delaware--Parti qu'il prend dans la

guerre de l'indépendance--Sa défaite--Anecdotes de ce célèbre

sauvage--Sa mort et son caractère.

J'ignore si un écrivain américain a exagéré, en regardant comme un

personnage plus important que Logan, Buckonghahelas, simple guerrier

Delaware, mais qui s'éleva par ses prouesses à la dignité de premier

Chef de guerre de sa nation. Campé avec sa tribu sur les bords du Miami,

il Cultiva l'amitié des Anglais, et n'hésita point à prendre le parti du

Grand Roi contre les indépendans. Le discours suivant qu'il prononça au

conseil de sa nation, peut être considéré comme une réfutation de celui

de Koguethagechton.

«Mes frères, prêtez l'oreille à ma voix. Vous voyez une grande nation

divisée, le père levant la hache de guerre contre son fils, et le fils

contre son père. Celui-ci appelle à son secours ses enfans les hommes

rouges, pour châtier Kinshon[130]. J'ai hésité un moment si je prendrais

la hache des mains de mon père, car je ne voyais qu'une querelle de

famille. Cependant j'ai vu qu'il avait raison, et que Kinshon méritait

d'être châtié. Cet enfant méchant a massacré les hommes rouges, et

ravagé le pays que le Grand Esprit leur a donné: il n'a rien épargné.

Oui! il a fait périr ceux même qui l'aimaient le plus tendrement, jusque

dans les bras de son père, qui s'était mis en sentinelle à la porte de

la cabane.[131]»

[Note 130: Nom que les sauvages donnaient aux colonies anglaises.]

[Note 131: Il entendait par cette cabane une prison où l'avait enfermé

les prisonniers sauvages pour les soustraire à la fureur des miliciens.]

Buckonghahelas rendit de grands services durant cette guerre, et fut

toujours bien vu des Anglais. On le retrouve dans les conférences de

Fort Wayne et de Vincennes. Les Américains y eurent sur lui un grand

avantage au moyen des Pouteouatamis qui lur étaient dévoués. Il

s'agissait de terres que les insatiables colons prétendaient leur

appartenir. M. Dawson dit que Buckonghahelas voyant sacrifier sa nation,

s'écria, interrompant le gouverneur, que rien de ce qui avait été fait

ne liait les Delawares, et qu'il avait à côté de lui un Chef, témoin de

la cession que les Piamkisas avaient faite à sa nation de tout le pays

entre l'Ohio et les Eaux-Blanches. Puis il sortit indigné. Les

Etats-Unis s'emparèrent du terrain, mais ils n'abattirent point

l'indépendance d'un ennemi battu mais non défait.

Buckonghahelas, dit M. Thatcher, n'était rien moins que servile dans son

amitié pour les Anglais. Il était leur allié, mais il ne le fut qu'aussi

longtems qu'ils le traitèrent comme tel. Comme il combattait en quelque

sorte pour eux, il attendait leur secours. Le major Campbell, commandant

britannique sur le Miami, donna en effet des armes et des munitions, et

après la défaite des sauvages par le général Wayne, il se plaignit avec

énergie à cet officier de la violation du territoire anglais. Mais il

avait déjà trop fait en armant les sauvages: il leur ferma les portes de

son fort dans leur retraite. Buckonghahelas, indigné, résolut de faire

sa paix avec les Américains, et dirigea ses canots du côté de Fort

Wayne. Quant il fut arrivé au poste anglais, il fut prié de faire

éloigner ses guerriers, et d'entrer lui-même dans le fort. Apprenant de

l'envoyé que le gouverneur voulait lui parler, il s'écria: qu'il vienne

lui-même--Tu ne passeras pas devant la forteresse, dit l'envoyé--Qui

donc m'en empêchera? reprit Buckonghahelas, ces canons!... ils ont

laissé passer Kinshon, Buckonghahelas ne les craint point; et il passa

hardiment avec ses canots.

On a dit de ce Chef qu'il était aussi scrupuleux à garder ses engagemens

que le plus parfait chevalier chrétien. On ne peut douter qu'il n'ait eu

les qualités du héros, et le trait suivant le caractérise en lui. Le

général Clark se trouvait, en 1785, au fort McKintosh avec Arthur Lee et

Richard Butler; Buckonghahelas, sans faire attention à ces derniers,

courut au général, et lui dit en lui serrant la main:

«Je remercie le Grand-Esprit d'avoir réuni en ce jour deux guerriers

tels que Buckonghahelas et Clark.»

Biographie des Sagamos illustres de l'Amérique Septentrionale (1848) · 第 84 / 110 题