Des Pequots--Sassacus--Ses projets hostiles contre les Anglais--Massacre
du capitaine Stone--Traité de pais--Politique du Sachem--Expédition du
capitaine Endicott--- Sassacus conçoit le dessin d'exterminer les
Anglais--Les colonies se réunissent; bataille sanglante--Retraite et
mort de Sassacus.
Les Pequots, peuple redoutable, ainsi appelés de Pekoath, leur premier
Sachem, s'emparèrent du Connecticut vers l'an 1550. Il pouvaient armer
quatre mille archers. Ceux de Nipmuck et de Long-Island leur étaient
soumis, et les Narraghansetts seuls balançaient leur fortune. Les
Anglais trouvèrent Pekoath en progrès de conquêtes: les tribus se
dispersaient à son approche, et il se vit le maître, avec ses terribles
_Mirmidons_, de la plus belle partie de la Nouvelle-Angleterre, sous le
ciel le plus tempéré et le plus doux.
Dès l'année 1631, Ouagimacut, un des vaincus, était venu à Boston,
conduit par un autre sauvage qui avait été attaché à la maison de Sir
Walter Rawleigh, en Angleterre. Il venait implorer du secours contre
Pekoath, qui mourut sur ces entrefaites.
Sassacus, nouveau Sachem, fut salué à son avènement par vingt-six
Sagamos, et fit parader devant lui sept cents archers. Il choisit pour
sa résidence une colline commandant une des plus magnifiques vues sur la
baie et les contrées qui l'avoisinent.
Les Pequots se montrèrent invariablement ennemis des Anglais. Maîtres du
pays sans contrôle, ils regardaient tous étrangers comme envahisseurs:
ils trouvaient mauvais qu'on élevât des forteresses sans le consulter.
Leur fierté ressemblait à celle des soldats du Porus.
En 1633, le capitaine Stone fut attaqué sur la rivière, et massacré avec
tout son équipage. Sassacus, voulant dissimuler après cette catastrophe,
envoya des députés. Le gouvernement exigea que les assassins fussent
remis, et quoique le Sachem représentât que le capitaine avait enlevé
deux sauvages; qu'il les avait forcés de lui servir de guides, et ne les
avait remis sur la côte que les mains liées derrière le dos, il fut
conclu un traité par lequel les assassins devaient être rendus en effet,
et les colons avoir un vaisseau sur la rivière, afin de faire la traite.
Les Narraghansetts cherchèrent en vain à prévenir cette convention en
envoyant trois cents guerriers, qui devaient attaquer l'ambassade à
Neponsett. Les Anglais s'opposèrent à leur dessein.
Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en 1636. Cette année, un homme
du nom de Oldham ayant été massacré par les sauvages de Block-Island, le
capitaine Endicott ravagea leur pays. De là, il se porta sur la côte des
Pequots pour exiger l'exécution du traité, et en outre une provision de
blé. Un sauvage parut dans un canot, et demanda ce que les Anglais
prétendaient. Le capitaine délivra alors son message, et fit prévenir le
Chef le plus considérable, en l'absence de Sassacus, qui était allé à
Long-Island. Ne pouvant obtenir ce qu'il voulait, il débarqua, tua deux
Pequots, et mit le fau aux moissons, se retirant après cet exploit
barbare.
Sassacus, de retour, conjura la perte des colons. Il destina à cet objet
toutes les forces de son pays, et déploya toute sa propre énergie. Les
forts furent attaqués dans toutes les directions. Au mois d'octobre,
cinq hommes de la garnison de Saybrook furent enlevés, un maître de
vaisseau torturé, et le fort si vivement pressé, que les canonniers ne
pouvaient laisser leur pièces. Au mois de mars suivant, quatre soldats
furent tués et douze matelots furent pris sur la rivière, où aucun
navire n'osa plus se montrer. Ne voulant rien négliger pour terminer son
ouvrage, Sassacus négocia avec ses anciens ennemis les Narraghansetts,
auxquels il proposa une ligue offensive; projet digne de son génie à la
fois politique et guerrier. Cananacus, leur Sachem, allait s'unir à lui;
mais le célèbre Roger Williams le mit dans le parti Anglais. Les
colonies se réunirent en même temps pour dégager celle de Connecticut.
Les forces de cet état, réunies à celles de Plymouth et du
Massachusetts, repoussèrent les assiégeans, et suivirent les sauvages
dans leur pays. Les Narraghansetts, les Mohicans et les Niantics,
prirent part à cette lutte, et suivirent l'armée coloniale; ils
voulurent même être l'avant garde de cette croisade. Sassacus dut
entrevoir alors le jour des restitutions, où il allait se dessaisir
forcément de tant de dépouilles. Les tribus humiliées contemplèrent avec
une joie sauvage la chute de leurs vainqueurs: ceux-ci vendirent cher
leurs vies. Sassacus battu main point défait mit ses forts en défense.
Le Major Mason[78], ayant fait entourer le plus considérable par les
sauvages alliés, monta à l'assaut avec ses soldats. La résistance était
bien préparée; cependant, en moins d'une heure, l'oeuvre de la
destruction fut achevée. Des tourbillons de flammes nourries par les
assiégeans, et la réflexion de ces pyramides de feu sur les forêts
voisines, le bruit des armes à feu, la fureur et les hurlemens des
Pequots, les cris des femmes et des enfans offraient un spectacle
horrible à voir. Six cents sauvages furent engloutis sous les ruines.
Sassacus parut si peu découragé, ou plutôt, ce désastre le mit dans une
telle fureur, qu'il poursuivit les Anglais jusqu'à six milles du champ
de bataille, à la tête de trois cents archers.
[Note 78: Qui croirait que cet officier mit en tête de la relation qu'il
écrivit de cette expédition, de texte de l'écriture: We have heard with
our ears, ô God!... «how thou did'st drive out the heathen with thy
hand.» La plupart des contemporains du très dévot Major étaient aussi
peu éclairés, et se croyaient armés de la main de Dieu contre les
maîtres naturels de ces vastes régions.]
Il faillit être au retour la victime de ses propres gardes, qui
l'accusaient de tous leurs malheurs. La plupart des guerriers
l'abandonnèrent. Il acheva alors de démolir son camp, et retraita avec
quatre-vingts braves vers la rivière d'Hudson. Son courage en ayant
rallié d'autres autour de lui, il fit halte à Fairfield; mais il y
perdit encore deux cents hommes et treize Sachems. Poussé de marais en
marais, trahi par ses propres sujets, il pensa être assassiné par un
traître payé d'avance pour le tuer, mais qui ne se sentit pas assez de
courage pour l'attaquer. Dépassant enfin la borne de son pays, il se
jeta dans les bras des Mohacks. Des guerriers de ce Canton furent assez
lâches pour le tuer par surprise. Sa tête fut envoyée à Connecticut et
promenée dans toutes les bourgades.
Lorsque Sassacus s'arma en faveur des hommes rouges, les colons de la
Nouvelle-Angleterre, encore faibles et impuissans, étaient déjà d'une
insolence inouïe. La providence empêcha qu'ils ne subissent le sort que
semblait leur préparer une si coupable présomption: on doit seulement
regretter de voir si complet le triomphe d'envahisseurs aventuriers
vomis par l'Angleterre, qui n'avait pu les supporter.