ARGUMENT

Confédération des Pokanokets--Massassoit--Ambassades et liaisons--Sa

mort--Observations sur son caractère--Son successeur--Sauvages du

Massachusetts--Nanepashemet, Vonohoquaham et Metoouampas--Justice des

Anglais--Maladie contagieuse--Histoire de Chickatabot.

A l'époque de la fondation de Plymouth, on trouve la Nouvelle Angleterre

coupée par cinq Confédérations principales: les Pecquots à l'est du

Connecticut, les Narraghansetts dans le Rhode Island, les Patukets au

sud de New-Hampshire, les Massachusetts autour de la baie de ce nom, et

les Pokanokets dans le comté de Bristol. Ces derniers formaient neuf

tribus qui avaient chacune leur chef respectif; mais ils étaient vassaux

d'un Sachem général résidant à Montaup[68]. Massassoit gouvernait à

l'arrivée des Anglais.

[Note 68: Nos voisins ont appelé ce lieu Mount-Hope par corruption: je

l'ai ainsi écrit dans mon article de Metanco, inséré dans les Mélanges

Religieux de Montréal.]

Dermet naviguant aux frais de Sir Francis Gorges, ayant débarqué dans le

pays en 1620, guidé par un sauvage nommé Squanto, le Sachem lui permit

de construire le fort de Plymouth. Il envoya son conseiller, Samoset,

vers les colons, et voulut aller à eux en personne. Edward Winslow,

gouverneur, le reçut et débita un long discours, dont la teneur était,

que le roi Jacques saluait son frère le Sachem, et lui offrait son

amitié. Massassoit parut faire plus de cas de l'épée de Winslow que de

sa harangue. On songea à l'introduire dans l'intérieur du fort. Le

capitaine Standish l'escortait avec une garde de six hommes depuis un

ruisseau où l'on érigea un arc triomphal pour perpétuer le souvenir de

cette entrevue. De là on le conduisit dans une des meilleures maisons,

où on lui donna un grand festin. Il est vrai que le Sachem et le

Gouverneur ne se séparèrent qu'après s'être embrassés et avoir contracté

une alliance; mais il est faux que Massassoit reconnut Jacques pour son

souverain, puisque la copie du traité, encore existante, ne le mentionne

pas.

Je trouve que de toutes les colonies qui vinrent s'établir en Amérique,

aucune ne se livra à l'agriculture. Edward Winslow se rendit à Montaup,

en 1621, pour tenter d'ouvrir une traite sur le blé. Massassoit revêtu

d'un habit brillant et tout galonné d'or, entendit le message en homme

qui est de bonne humeur, et accorda tout ce que l'on voulut.

Sa fidélité ne tarda cependant pas à être mise à l'épreuve. Le transfuge

Squanto répandit le bruit qu'il assemblait ses guerriers pour fondre sur

la colonie. Habanoc, autre sauvage, nia le fait, et conseilla d'envoyer

à Montaup pour s'en assurer. M. Winslow et Hampden, de Londres, y

trouvèrent tout dans une parfaite tranquillité.

Massassoit tomba malade l'année suivante. A la première nouvelle,

Winslow lui fut envoyé. Prévenu de son arrivée, Massassoit lui saisit le

main, en disant: Es-tu Winslow?... O Winslow! Massassoit ne te verra

plus.--On le rétablit néanmoins avec quelques cordiaux. Il manifesta sa

reconnaissance en dévoilant une ligne des tribus du Massachusetts, et en

recommandant des mesures qui furent exécutées par le capitaine Standish.

En 1632, les Narraghansetts s'avancèrent jusqu'à Montaup. Massassoit les

repoussa avec le secours de quelques Anglais. Il ne mourut que longtems

après.

On a peine à comprendre qu'un Chef aussi dévoué aux Anglais, fut

tellement ennemi de leur religion que de leur faire promettre de ne

jamais convertir un seul de ses sujets. Les missionnaires catholiques

firent quelques progrès; mais les difficultés étaient partout les mêmes.

Un jeun Huron disait au P. Bréboeuf: «tu nous débites de fort belles

choses; mais cela est bon pour vous autres qui êtes venus de l'autre

bord du grand lac. Ne vois-tu pas que nous, habitans d'un monde si

différent, ne pouvons arriver au Paradis par le même chemin.»

Massassoit ne se distingua guère comme guerrier. Il n'est que plus

étonnant qu'il ait pu maintenir son autorité sur une grande

confédération de peuples passionnés pour la guerre; bien différent en

cela, et plus heureux que grand nombre de ses semblables, qui n'ont fait

que hâter la ruine de leur race. Il régna sous le nom d'Ousamequin. Son

fils aîné Vansutta, lui succéda sous celui de Moanan. Ce n'est pas le

temps de raconter les malheurs de ce généraux Sache, qui suscitèrent un

vengeur aux hommes rouges dans Metanco ou le Roi Philippe. Mais je passe

aux Massachusetts, peuples voisin des Pokanokets.

La tradition nous apprend que quelques années avant l'arrivée des

Anglais, un grand Sachem, Nanepashemet, ayant rassemblé autour de sa

personne un grand nombre de guerriers, que sa valeur lui tenait

attachés, étendit sa domination sur toutes les tribus qui habitaient le

Massachusetts, lorsqu'il fut tué par on ne sait quel ennemi. Des

voyageurs découvrirent un de ses forts en 2621. Construit dans une

vallée, il était environné d'un large fossé et consistait en une forte

palissade en pieux, haute de trente pieds. Il n'était accessible que

d'un côté par une espèce de pont fort étroit. Le tombeau du Sachem se

trouvait sous un grand bâtiment qui semblait avoir été la demeure de sa

famille. Un petit monument sur une colline, indiquait le lieu où il

était tombé. Sa femme connue sous le nom de _Squaw-Sachem_, appelée

quelquefois la reine du Massachusetts, ne l'était point de fait; car

après la mort de son mari, chaque tribu se mie en devoir de reconquérir

sa liberté. Elle fit la guerre, mais la terrible peste de 1622, qui

réduisit les guerriers de trois mille à quatre cents, l'empêcha de

penser plus longtems à soutenir ses prétentions. Elle épousa le grand

prêtre de sa tribu, Vacapovet, qui céda le territoire de Concord aux

Anglais.

Nanepashemet avait laissé deux fils, Vonohoquaham et Metovampas. Le

premier, Sachem de Ouinnesimet, fut un des plus fidèles amis des

Anglais. On le connut toujours franc et poli. Lorsque les annales de ce

Continent me feront voir les Européens se soumettant à la justice envers

les sauvages, je m'empresserai de le consigner dans les pages de cette

histoire. Ainsi dans ces tems de barbarie et de cruauté, où les Anglais

massacraient sans remords, en citant de sang froid un passage de la

Bible contre les Philistins ou les Madianites, Sir Richard Salstonstale

et le gouvernement de Charleston se renfermaient dans des bornes que

l'honneur et l'humanité défendent de franchir, et les deux races

vécurent dans une heureuse harmonie sur un petit point de la Nouvelle

Angleterre.

Metoouampas ou Metovampas, bien différent de son frère, était un esprit

remuant. Il attaqua en 1631, les Tarradines, peuple féroce, qui le

blessèrent et emmenèrent sa femme captive. La colonie ne crut pas devoir

venger un affront si bien mérité, et elle eu plusieurs fois à faire ce

discernement. Les deux frères moururent de la peste, en 1633.

Vonohoquaham laissa en mourant son fils Mattamoï, sous la tutelle du R.

Docteur Wilson.

Le même maladie enleva Chickatabot, ancien vassal de Nanepashemet.

C'était un des meilleurs amis des Anglais. Le gouverneur Dudley

n'écrivait pas moins à la comtesse de Lincoln: «Il y avait alors un

marchand, M. Weston, qui envoya des planteurs sur la rivière

Ouesaguscus. Mais comme ils n'étaient pas si bien intentionnés que ceux

de Plymouth, ils ne réussirent pas au même point, et périrent presque

tous. Ceux qui survécurent furent retirés des mains de Chickatabot et

des sauvages, qui maltraitaient _ces faibles Anglais_.» Il est digne de

remarque que l'on ne demanda jamais à Chickatabot d'autre raison de

cette affaire. Ses descendans jusques à la troisième génération, ont

cultivé l'amitié des Anglo-américains, et possédé de grands domaines.

Biographie des Sagamos illustres de l'Amérique Septentrionale (1848) · 第 28 / 110 题