De quelques autre sachems pohatans--Tomocomo--Nemattanoi--Voyage du
premier en Angleterre--Bravoure du second--Extinction de la
confédération pohatane dans la personne de Topotomoi--Histoire de
Japazawa, Sachem des Potomacs.
PARMI les Américains qui jouent un rôle secondaire dans les annales de
la Virginie, se trouvent Tomocomo et Nemattanoi.
Tomocomo, gendre et premier conseiller de Pohatan, fut préféré à Sir
Thomas Dale, et obtint la main de Matanchanna. Il fut chargé par son
beau-père d'accompagner Pocahontas en Angleterre, et de compter tous les
Anglais. Le bon Tomocomo, arrivé à Plymouth, prit une canne dont il
donnait un bout à chaque homme qu'il rencontrait; mais bientôt l'horizon
du sauvage s'agrandit, et il jeta le dernier bout de son bâton. De
retour en Virginie, où il revint avec le capitaine Argall, il ne put
rendre compte à son maître qu'en égalant le nombre des Anglais aux
astres du firmament et aux feuilles de la forêt. Pendant qu'il était
encore à Londres, il vit l'honorable Smith, et le pria de lui faire voir
son Dieu et son roi. Pour la Divinité, le capitaine s'en excusa de son
mieux. Mais il lui prouva qu'il avait vu le roi et la reine. Oh! s'écria
alors Tomocomo, quand tu donnas au Sachem un petit chien blanc, il le
nourrit comme lui-même; et moi, qui suis meilleur qu'un chien blanc, ton
roi ne m'a rien donné.
Nemattanoi était un personnage d'un autre genre. C'était l'Ajax
virginien, et il passa longtems pour le premier homme de guerre de sa
nation. Ce qu'il y avait d'extraordinaire, c'était qu'il se fût trouvé
dans une multitude de rencontres avec les Anglais sans être jamais
blessé. Sa bonne fortune, jointe à son ambition le mit à même de passer
pour invulnérable parmi les siens. Mais Opechancana le livra aux
Anglais, qui le fusillèrent.
Topotomoi avait succédé à Mangopeomen, sans hériter de sa gloire. Un
agent anglais régna pour lui. L'assemblée de Virginie passa un acte qui
lui assignait telles terres qu'il se choisirait sur la rivière Iork, et
elle nomma des commissaires qui l'amenèrent à Jamestown, et le
reconduisirent dans son pays.
Plus tard une peuplade éloignée s'étant avancée pour s'établir en
Virginie, Topotomoi alla au secours des Anglais avec cent guerriers, et
fut tué dans le combat. Le satirique auteur d'Hudibrias[66], a
immortalisé par ces vers, le dernier des Pohatans:
A precious brother having slain
In time of peace an Indian
The mighty Tottipotimoy
Sent to our elders an envoy
Complaining sorely of the breach.
[Note 66: Butler.]
La dynastie pohatane avait régné près d'un siècle depuis Vahunsonaca.
A une distance assez considérable des Pohatans vivaient les Potomacs.
Japazawa, leur Sachem, fit un traité avec le capitaine Smith, en 1608.
On prétend même qu'il s'entendit avec Argall, et lui livra Pocahontas.
Quoiqu'il en soit, il parut à Jamestown, en 1619, et permit aux Anglais
d'envoyer deux navires sur la Potomac. Le capitaine Croshaw, chef de
cette croisière, entra si fort dans les faveurs du Sachem, qu'il fut
nommé Chef de guerre contre les Pazaticans, peuple féroce, ennemi des
Potomacs.
Mangopeomen lui envoya un député avec un présent de deux corbeilles de
perles, et le fit prier de tuer le capitaine; mais il répondit fièrement
que les Anglais étaient ses alliés, et Sasapin son frère.
Les complaisances de Japazawa ne furent pas bien récompensées. Iago,
Sachem d'une tribu lointaine, s'étant réfugié chez lui, et n'ayant pu
obtenir du secours, le perdit dans l'esprit des Anglais. Isaac Madison,
envoyé pour se joindre à Croshaw, l'arrêta avec toute sa famille, et le
conduisit à Jamestown, où il languit dans une longue captivité. Quoique
les Anglais se montrassent bien injustes envers lui, il était peu digne
que l'on plaignît son sort, malgré l'épithète de «bon roi», que Smith
lui prodigue.