Pièce numéro 111

(Extrait de la _Gazette des Tribunaux_--imprimé.)

Mardi, 9 octobre.

La nouvelle que nous avons donnée hier, concernant l'évasion de

l'accusée Jeanne Péry est malheureusement trop exacte et un pareil

événement, survenu à la veille de l'ouverture des assises, n'a pu que

produire une profonde émotion au palais.

Nos lecteurs comprendront l'extrême réserve que nous voulons mettre à

parler de cet incident. La justice informe, l'administration fait une

enquête. Nous n'avons pas à contre-carrer l'une ou l'autre dans leurs

efforts.

Il doit nous être permis, cependant, de consigner les bruits très vagues

et parfois contradictoires qui circulent dans la ville.

Tout d'abord, nous sommes autorisés à démentir le dire d'un journal

d'hier soir, selon lequel une soeur de Saint-Vincent-de-Paul aurait été

arrêtée. La soeur M. J. n'a pas quitté son poste à l'infirmerie de la

prison et n'est compromise en rien dans cette affaire.

Nous donnons ici le résultat de nos informations:

Depuis quelques jours, la surveillance, sans se relâcher, autour de

l'accusée Jeanne Péry, lui laissait la possibilité de traiter une légère

affection des bronches, pour laquelle l'infirmerie lui fournissait des

médicaments par l'entremise de la soeur de service.

Elle était toujours au secret, mais l'instruction se trouvant absolument

complète, les précautions, comme il arrive en pareil cas, ne gardaient

plus le même degré de minutie.

Cependant, elle ne voyait, et elle n'a jamais vu, pendant tout le temps

de son séjour à la prison que, Me Thibaut, son avocat, qui est en même

temps son mari.

Me Thibaut n'est d'ailleurs jamais entré dans sa cellule qu'aux heures

réglementaires et ne parait pas avoir prêté la main à l'évasion.

Dimanche soir, c'est ici le dire intérieur de la prison, l'accusée se

sentit plus souffrante et demanda les soins d'un médecin.--D'autres

prétendent que la soeur Marie-Joseph prit sur elle de la conduire à

l'infirmerie, où M. le Dr Schontz venait justement d'être appelé pour un

cas grave.

L'accusée grelottait la fièvre en arrivant à l'infirmerie. Elle était

gardée par deux employés, dont l'un fut requis pour tenir le malade dont

le docteur s'occupait en ce moment et qui était en proie à un accès de

délire.

L'autre employé a disparu en même temps que l'accusée elle-même.

Maintenant, par quel moyen l'employé et l'accusée, ensemble ou

séparément, sont-ils parvenus à gagner la sortie de la prison, puis

l'une des issues du Palais de justice? nous ne pouvons, à cet égard,

satisfaire la curiosité de nos lecteurs.

La soeur Marie Joseph avait quitté l'infirmerie avant le départ de

l'accusée et vaquait à son service ordinaire.

Le Dr Schontz est sorti seul. Plusieurs témoins sont là pour l'affirmer.

On peut dire, du reste que, l'accusée a glissé comme une ombre à travers

la prison, car personne n'y a rien vu de suspect. Les gardiens des

différentes portes sont unanimes. Personne n'est passé au moyen de leurs

clefs, sinon ceux qui avaient droit.

L'absence de Jeanne Péry n'a pu être constatée qu'à la visite de nuit.

On a pris immédiatement toutes les mesures nécessaires, mais elles sont

restées jusqu'à présent sans résultat.

Dernière information.

On pense que l'accusée a pu sortir par la partie du Palais qui avoisine

la Préfecture de police et qui est en reconstruction.

Une échelle a été trouvée contre le mur, et les maçons ont déclaré ne

l'y avoir point dressée.

Mais resterait toujours à savoir par quel miracle la fugitive aurait pu

voyager sans être aperçue, depuis l'infirmerie jusqu'à cette portion des

bâtiments.

Le dernier vivant · 第 248 / 341 题