(Écriture de Lucien.)
Dimanche, 2 h, de l'après-midi.
Je n'ai rien dit à Jeanne. Ce serait pour la rendre folle. Elle vit de
fièvre.
En quittant Jeanne, je suis monté au palais. Je voulais voir si le
greffe était ouvert, ayant une pièce à y prendre. J'ai passé devant le
cabinet de M. le conseiller Ferrand qui doit présider les assises. Au
moment où je tournais l'angle du corridor, la porte du cabinet s'est
ouverte. Une femme en est sortie. J'ai regardé de tous mes yeux, car je
pensais à Olympe. Mais ce n'était pas Olympe.
Je ne voyais pas le visage de la femme qui portait un voile-masque de
dentelle noire, et qui, d'ailleurs, me tournait le dos, en se dirigeant
rapidement vers l'escalier de sortie. Je n'ai jamais vu le visage de la
quêteuse: c'est pour cela que je la reconnais plus aisément sous le
voile. C'était elle, j'en suis certain. Le son sec de son talon sur les
dalles m'a frappé comme une voix qu'on reconnaît. Et je n'ai pas été
surpris de la rencontrer au palais. C'est quelque chose comme cela que
je m'étais figuré. Je pars pour ma faction. Vais-je encore attendre en
vain? Quelque chose me dit que c'est aujourd'hui le grand jour.