5 septembre 1865.

_À M. le procureur impérial près le tribunal de première instance

d'Yvetot._

Monsieur et cher collègue,

J'ai l'honneur de vous recommander très expressément cette affaire, qui

doit être conduite avec énergie, mais aussi avec discrétion et

discernement.

C'est la seconde fois qu'elle vient à votre ressort par délégation. Elle

y avait d'abord été confiée à M. le substitut A. Pivert, dont les

recherches n'eurent pas de résultat.

J'ai le regret de vous dire que ce jeune magistrat nous parait être la

cause du non succès dont les journaux mal pensants abusent aujourd'hui

si cruellement contre nous.

Sa réponse négative à toutes nos questions a, en effet, dérouté nos

recherches, et la mauvaise presse tout entière, trouvant là une occasion

d'assouvir sa haine, a produit un concert d'aboiements contre nous.

La réponse, dis-je, de M. le substitut A. Pivert, a tourné nos efforts

d'un côté où ils devaient être infructueux. Il nous avait affirmé

péremptoirement que la nommée Fanchette n'était pas et n'avait jamais

paru dans votre arrondissement.

C'est une erreur que je n'hésite pas à qualifier de funeste. L'accusée

est bien réellement chez vous. (Voir les dénonciations et avis

ci-joints.)

Néanmoins, et malgré ce qui précède, le soin de l'affaire doit être

laissé provisoirement à M. A. Pivert, attendu qu'il a eu entre les

mains, et qu'il est probablement le seul, chez vous, pour avoir eu entre

les mains le portrait photographié de l'accusée Fanchette, portrait

unique au dossier, et dont l'instruction a dû disposer dans une autre

direction.

Le portrait ne pourrait, par conséquent, pour le moment, être renvoyé à

Yvetot. Ce détail est d'une grande importance.

Vous penserez comme moi, Monsieur et cher collègue, qu'il est urgent de

mettre un terme aux attaques de plus en plus subversives des journaux.

La fâcheuse erreur déjà mentionnée, leur a malheureusement donné prise

en causant tout ce retard. Prenez bien vos mesures, je vous prie, en

conformité des renseignements ci-annexés, et veuillez réfléchir que

cette fois, la responsabilité d'une fausse manoeuvre retomberait

publiquement sur le parquet d'Yvetot. Je joins le mandat d'arrêt et les

deux pièces dont il est question plus haut.

Agréez, etc.

Le dernier vivant · 第 163 / 341 题