Pièce numéro 40

(Écrite et signée par la marquise Olympe de Chambray.)

Yvetot, 23 juillet 1865.

_À M. Ferrand, président, etc._

Cher et digne ami, pour ce qui me regarde, je vous prie en grâce de

laisser en repos M. L. T.... Comme juge, il vous appartient, mais comme

prétendant à ma main, je désire qu'on lui garde sa liberté tout entière.

Je crains le ridicule. Cette excellente Mme T... est justement la

femme qu'il faut pour noyer quelqu'un sous le ridicule. Au lieu de vous

mettre ainsi contre moi, digne ami, venez à mon secours.

Et ne vous représentez pas votre Olympe sous les traits de Phèdre,

brûlant comme un tison pour le bel Hippolyte qui la dédaigne.

_Note de Geoffroy_.--Ce billet m'arrêta et me fit rêver longuement. Je

recherchai dans le dossier le fragment anonyme qui avait été adressé à

Lucien par un correspondant également anonyme, lequel était M. Louaisot,

je croyais le savoir désormais.

Je parle ici de cette demi-feuille où une inconnue--la marquise?--se

confessait en un style froidement dépravé à un inconnu--le président

Ferrand?--et qui était accompagnée de la fameuse légende: «Devine

devinaille», etc.

Cette demi-feuille m'avait laissé une impression presque sinistre. J'y

flairais le crime en une complicité qui épouvantait ma raison.

Je comparai minutieusement l'écriture du fragment avec celle du billet

portant la signature de Mme la marquise.

C'était là un travail qui ne pouvait aboutir à rien de concluant, car le

fragment contenait cette phrase: «J'écris maintenant aussi lestement de

la main gauche que de la main droite.... Vous m'avez donné des talents

de faussaire.»

Il n'y avait aucune espèce de rapport entre l'écriture du billet et

l'écriture du fragment. Aucune.

Le dernier vivant · 第 115 / 341 题