(Écrite et signée par Mme la marquise de Chambray.)
Yvetot, 28 juin 1865.
_À Mme la supérieure des dames de la Sainte-Espérance, à Paris._
Madame et chère mère,
Vous qui savez consoler tous les deuils, voici une bonne oeuvre à
accomplir.
Mlle Jeanne Péry de Marannes reste absolument seule après la mort de
sa mère à qui j'ai pu faire quelque bien en son vivant. Elle n'a plus
que moi de parente, et encore sommes-nous cousines si éloignées qu'il ne
faut point chercher là l'origine de l'intérêt que je lui porte.
Vous m'avez appris, vénérable et chère mère, à secourir, autant qu'on le
peut, tous ceux qui souffrent, indistinctement. Je voudrais que Mlle
Péry pût trouver un asile et des consolations dans votre sainte maison,
au moins pendant les premiers instants de sa douleur, et je vous prie
d'être assez bonne pour envoyer une de vos respectables compagnes, rue
de Verneuil. 31, au domicile de feu Mme Péry.
Vous donnerez à Mlle Jeanne une chambre convenable et la pension de
2e classe.
Il est bien entendu qu'elle ne devra recevoir aucune visite, sinon des
personnes de notre sexe. Et encore, je m'en fie à votre discernement
pour choisir les visiteuses.
Elle a le malheur d'être belle, et sa mère n'était pas une femme
prudente.
Je m'engage à solder tous frais de quelque nature qu'ils soient, ayant
trait à la mission que je vous donne, sur simple note remise par vous,
et je vous prie bien d'agréer, Madame et chère mère, l'hommage de ma
respectueuse affection.