J’ai, je l’avoue, une grande animosité contre les architectes, mais je
leur pardonnerais encore plus volontiers des gabegies comme celle de
l’Imprimerie Nationale que le mauvais goût de leurs constructions. Tel
palais dans un beau quartier de Paris est plus scandaleux, à mon gré,
que le gaspillage de millions auquel ils viennent de se livrer rue de la
Convention. Néanmoins, on reconnaîtra que cette dernière histoire est
assez caractéristique d’une incapacité générale qui va de l’art à la
maçonnerie, à la menuiserie et au choix même des terrains et des
matières premières. Enfin, on leur demandait de construire une
imprimerie et ils se sont révélés incapables de le faire. Infatués
d’eux-mêmes, ils n’ont même pas eu l’idée, quoique n’en ayant jamais vu,
d’aller visiter une de ces grandes imprimeries qui fonctionnent à
merveille et ils ont livré un bâtiment où les planchers n’étaient pas
assez solides pour supporter les lourdes machines modernes. Et tout à
l’avenant. C’est que je crois bien qu’il n’y a qu’un seul homme capable
de surveiller la construction d’une usine, c’est l’usinier qui a intérêt
à ce que de toutes ses parties résulte un fonctionnement harmonieux.
Est-ce qu’on apprend aux architectes à construire pour l’industrie?
Est-ce que c’est un souci digne d’un «artiste», d’un homme aux cheveux
longs? Les Romains n’avaient point de bâtiments industriels, ni les
Grecs, ni les Assyriens; donc une chose appelée imprimerie, même
nationale, ne mérite aucun souci. Pourvu qu’elle rapporte de beaux
honoraires, on y montrera toujours assez de génie. Les honoraires ont
été beaux et ce n’est pas fini, ils le seront encore, puisqu’on
s’apprête à voter de nouveaux millions. Et quand au génie, qu’on ne leur
demandait pas, ils l’ont mis dans le désordre, dans l’incapacité et dans
l’inconscience.