Voilà que l’on n’est pas content non plus du monde électoral qui donne à
Paris ses conseillers municipaux. Les quartiers, dit-on, n’ont aucune
vie propre, ne répondent à aucun groupement d’intérêts. Il faudrait au
moins que la circonscription électorale fût l’arrondissement. Je crois
que l’arrondissement est, comme le quartier, une division bien factice
et qu’au surplus, il est trop vaste, d’une population trop élevée, pour
intéresser vraiment le modeste électeur municipal, qui souvent en
connaît mal les limites, qui souvent vit confiné dans son quartier, pour
lui vrai résumé de la grande ville. Puisqu’on parle de réformes
municipales, je mettrai en avant celle qui m’agréerait: donner au
quartier une existence propre, quoique limitée strictement à ses seuls
intérêts, et faire en sorte que ses habitants le conçoivent réellement
comme une entité vivante. Pour cela, lui accorder un conseil de quartier
et une sorte de municipalité aux attributs restreints, mais évidents. En
province, les citoyens peuvent et doivent s’intéresser à une portion
souvent très petite du territoire. Quelque cinq cents habitants et
souvent beaucoup moins élisent dix et douze conseillers municipaux. Tous
les habitants notables ou seulement actifs peuvent aspirer à dire leur
mot en ce qui concerne l’administration locale. Il n’en est pas de même
à Paris. Le conseil municipal et ses administrations sont pour un
Parisien des choses aussi lointaines que le Parlement et les
administrations de l’État. Il n’y participe que par un vote qui est
plutôt politique que municipal. Des conseils de quartier intéresseraient
directement aux choses de Paris un grand nombre de citoyens et
s’ouvriraient à des ambitions modestes, mais légitimes et concrètes. La
besogne ne manquerait pas: que de travaux et de soins locaux ne
pourrait-on pas leur confier, dont les grandes administrations
s’acquittent mal! Si c’est une chimère, convenez qu’elle n’est pas
absurde.