C’est le nom qu’elles se donnent et on peut le trouver de bon augure.
Quand on est exploité et qu’on le sait, c’est signe que la révolte n’est
pas loin. Révolte non pas seulement contre quelques patrons, révolte
contre nous tous qui exigeons de tels salaires pour nous vêtir à bon
marché, pour manifester à bon marché notre joie ou notre patriotisme. Il
s’agit des ouvrières en chambre qui gagnent soixante centimes par jour à
façonner les drapeaux dont précisément aujourd’hui même beaucoup de
fenêtres sont pavoisées. Si elles préfèrent (mais à quoi bon choisir) se
livrer à la confection des corsages de lingerie, ce sera le même prix,
mais beaucoup de travaux analogues rapportent moins encore, cinquante
centimes pour dix et quelquefois douze heures de peine! Et les traités
d’histoire vous diront que le christianisme a aboli l’esclavage et que,
dernier progrès, la Révolution a aboli le servage! N’en croyez rien et
surtout ne croyez pas que l’esclavage romain fut aussi dur que celui que
nous imposons aux malheureuses qui ne peuvent se résigner à la
prostitution ou qui n’ont pas le facies exigé pour ce métier. Soixante
centimes par jour pour se loger, se nourrir et s’habiller à Paris! Mon
chat, qui est logé pour rien, qui n’a pas besoin de robe, de souliers ni
de chapeau, dépense cela chez le boucher. Il est vrai qu’il est très
difficile et qu’il ne lui faut rien moins que du foie de bœuf. A la
rigueur, celles qui confectionnent les abat-jours pourraient s’en offrir
un morceau de temps en temps puisque la journée de collage et de
découpage leur rapporte jusqu’à un franc. Les uns disent: c’est triste;
les autres disent: c’est infâme. Il faut que les exploitées elles-mêmes
disent: il faut que cela finisse. Aidons-les, mais comment?