Un journal demandait l’autre jour pourquoi on ne laissait pas les
condamnés à mort se suicider dans leur cellule. Et alors pourquoi ne pas
leur donner toutes facilités: cordes solidement attachées avec nœuds
coulants, poisons variés et instructions sur la manière de s’en servir.
Les armes à feu, cependant, seraient prohibées, pour éviter aux
condamnés la tentation de les essayer sur leurs gardiens. Cela aurait de
multiples avantages. Économiques, d’abord. La mort reviendrait à quinze
ou vingt sous, tandis qu’avec M. Deibler et sa machine compliquée, c’est
fort onéreux. Morale, aussi, car je ne compterais pas pour rien
l’assurance donnée à tous qu’ils cessent de participer à ce qu’on a
appelé le meurtre légal. Aurions-nous les mains plus propres? Un fait,
au moins, serait évident, c’est que le bonhomme se serait donné la mort
à lui-même; il serait ensuite prudent de ne pas analyser trop
soigneusement les conditions du suicide. Mais cela est affaire de
subtilité. C’est ainsi que procédaient les Grecs et leurs fils
byzantins. Les uns offraient, comme on sait, au condamné, une coupe de
ciguë, les autres lui faisaient présent d’un lacet et lui indiquaient
poliment comment il devait en user. Quant à nous autres, quels barbares
nous sommes demeurés, tout de même, malgré toutes les abjurations de
l’histoire! Quoi! Pas même l’électricité. L’électrocution viendra,
peut-être, mais jamais le suicide, n’en doutez pas. C’est le geste
antichrétien par excellence et le christianisme nous ligote de trop près
les idées pour qu’on admette jamais celle-là. Que dirait la vieille
Europe si profondément chrétienne? Que diraient les Bulgares qui tuent
les Turcs au signe de la croix? «Non, Messieurs, jamais la France ne
donnera un tel exemple du mépris des principes. Et puis (baissant la
voix), il nous faut du sang.»