Le titre de cette note ne signifie rien, mais je n’ai pu trouver de mots
qui synthétisent brièvement ce que je veux dire, qui indiquent
clairement que, pour l’humanité presque tout entière, la religion n’est
qu’une variété supérieure de la médecine et même quelque chose comme un
bureau de secours universel. Ainsi considérée, une religion est quelque
chose de très utile, c’est une boutique inépuisable d’espérances. Cette
conception s’oppose absolument au mysticisme, qui ne se base point sur
l’utilité, mais sur l’amour, ou du moins dont l’utilité, purement
égoïste, ne peut avoir aucun rayonnement. Voyez ce qui se passe à
Alzonne. On croirait d’abord qu’il n’y a là qu’un cas de folie
contagieuse, qui ne se connaît aucun but. Des petites filles voient
Jeanne d’Arc dans les nuages ou dans les arbres, je ne sais, et cela
paraît purement insensé et pareillement désintéressé. Nullement. La
foule réclame le miracle. Elle sait très bien ce qu’elle veut. Le
miracle, c’est la guérison d’une petite paralytique. Et voilà pourquoi
tout un village, toute une région sont bouleversés. On attend dans la
fièvre. Le miracle se produira-t-il avant que la foule se lasse? On
verra bien. Je crois qu’ils se trompent vraiment ceux qui voudraient
fermer ce bureau de secours et réduire les hommes à chercher leur appui
dans la seule raison. La petite est déclarée incurable. Par qui? Par les
médecins. La belle affaire! Au-dessus de la nature, il y a la surnature;
au-dessus du bureau de consultation, il y a le grand bureau de secours
universel. Comme l’a dit un philosophe américain, la religion est avant
tout une méthode que les hommes suivent pour atteindre ce qui est
raisonnablement hors de leur portée. Elle aussi renverse les valeurs, et
avec tant de violence que, si elle redevenait maîtresse des esprits,
elle pourrait détruire toute la civilisation.