Nous revenons à Thérèse, c'est-à-dire à madame la comtesse; son mari est
sorti, et l'ami de la maison arrive. Jeune, beau, et suffisamment
éloquent pour combattre les scrupules d'une pensionnaire à demi
émancipée par le mariage, M. de Montade n'a pas de peine à supplanter le
comte de ***, toujours absent, toujours courant. Néanmoins, il n'en est
encore qu'aux menues faveurs; on lui permet de ramasser le soulier et de
baiser le pied.--Si vous saviez, dit-il, quand je vous entends courir
sur votre parquet, combien le bruit clair de vos mules est doux à mon
oreille! Quand je la prends, cette mule, que je vous la mets ou vous
l'ôte, il me prend une sorte de saisissement presque égal à celui que
l'on sent quelquefois quand on rencontre, sans y penser, du velours sous
sa main, ou quand on cueille une pêche couverte de son duvet.
Quoi qu'il en soit, Montade se laisse petit à petit emporter par son
amour; et, dans une scène habilement conduite, plus humaine et plus
pratique que les scènes de Crébillon fils, il finit par manquer de
respect à madame la comtesse. C'est dans ce moment qu'on entend le mari
frapper à la porte, selon la coutume éternelle.
--Mon mari! s'écrie-t-elle; je suis perdue! il nous soupçonnera...
Seyez-vous dans ce fauteuil... ne bougez pas... prenez un livre et lisez
tout haut.