QUATORZIÈME DIALOGUE.--LA COMTESSE DE ***, MONTADE.

Nous revenons à Thérèse, c'est-à-dire à madame la comtesse; son mari est

sorti, et l'ami de la maison arrive. Jeune, beau, et suffisamment

éloquent pour combattre les scrupules d'une pensionnaire à demi

émancipée par le mariage, M. de Montade n'a pas de peine à supplanter le

comte de ***, toujours absent, toujours courant. Néanmoins, il n'en est

encore qu'aux menues faveurs; on lui permet de ramasser le soulier et de

baiser le pied.--Si vous saviez, dit-il, quand je vous entends courir

sur votre parquet, combien le bruit clair de vos mules est doux à mon

oreille! Quand je la prends, cette mule, que je vous la mets ou vous

l'ôte, il me prend une sorte de saisissement presque égal à celui que

l'on sent quelquefois quand on rencontre, sans y penser, du velours sous

sa main, ou quand on cueille une pêche couverte de son duvet.

Quoi qu'il en soit, Montade se laisse petit à petit emporter par son

amour; et, dans une scène habilement conduite, plus humaine et plus

pratique que les scènes de Crébillon fils, il finit par manquer de

respect à madame la comtesse. C'est dans ce moment qu'on entend le mari

frapper à la porte, selon la coutume éternelle.

--Mon mari! s'écrie-t-elle; je suis perdue! il nous soupçonnera...

Seyez-vous dans ce fauteuil... ne bougez pas... prenez un livre et lisez

tout haut.

Les amours du temps passé · 第 43 / 125 题