11 avril.

Kaddour erre dans le maison, les sourcils contractés d’un tourment

persistant. Il ne rit plus, il ne bondit plus, il se traîne... Yasmine

et Kenza ne parviennent pas à le distraire. Il reste sombre et va

s’accroupir sous les arcades. Son grand corps maigre ne forme plus qu’un

petit tas lamentable.

Il a reconduit Zeïneb et Mina chez leur mère.

Le premier jour, Kaddour éprouvait un joyeux sentiment de délivrance

dans sa demeure apaisée. Maintenant il la trouve bien vide, et les

saucisses de mouton achetées au souk, les beignets que l’on mange seul

sont loin de valoir les plats savoureux préparés par Zeïneb... Même les

courtisanes de Sidi Nojjar perdent beaucoup d’attrait, lorsqu’on n’a

plus le repos d’une épouse légitime.

Kaddour croyait convoler avec telle fille ou telle veuve du quartier; il

s’en réjouissait fort, dans l’excitation de sa colère. Cela lui semble

aujourd’hui peu plaisant de dépenser tout l’argent de la dot[36] et des

noces, pour se procurer une femme qui ne vaudra pas mieux que les

autres.

--Car leurs ruses sont inouïes! Allah les a créées pour notre

épreuve!... J’en ai eu cinq, me dit-il. Je n’avais pas quatorze ans,

lorsque mon père me donna la première, malgré mes pleurs. Je me suis

sauvé le soir même, sans approcher la jeune fille. La seconde est morte,

un an après notre mariage. La troisième m’a volé, je la répudiai. Je

surpris la quatrième avec un homme... Zeïneb est la cinquième. Quelle

démone! Sa langue ne sait point se contenir... Mais je ne puis rien dire

quant à sa conduite. Elle a de l’entendement et son père était notaire.

Kaddour commerce à regretter une si belle alliance.

Derrière les vieux murs en ruines: roman marocain · 第 42 / 94 题