_1601, 28 fév.—Confrontation en consistoire d’Anthoine Bonnet et de
Marguerite Brueisse, accusés de «paillardise»_[842].
Enquise lad. Brueisse par l’organe dud. M^{re} Bonnet de dire la vérité
selon Dieu et sa conscience: sy jamais il l’a subornée et induict à
mal, ains, au contraire, s’il ne luy a faict plusieurs admonitions
d’estre sage et n’estre point esgarée comme elle estoit.
Laquelle a dict que, selon Dieu et sa conscience, elle disoit la vérité
d’avoyr esté cogneue charnellement et randue ensaincte par led. sieur
Bonnet.
Enquise par led. Bonnet en quel lieu il l’avoyt cogneue la première
fois et particulariser par le menu les artifices dont il uza.....
A dict que ce feust au mois d’avril, après son retour de Castres, ung
jour qu’elle metoit du fumier à la murtie du jardin dud. Bonnet, de son
commandement elle monta au grenier du devant, et illec led. Bonnet la
tumba sur ung monceau de segle où par force il la cogneust, luy metant
ung mochoir à la bouche pour l’empêcher de crier, et lhors il luy donna
trois escutz en doutzains, et luy faisoit de grandes promesses.
A requis led. Bonnet qu’elle déclaire s’il l’a jamais cogneue en autre
part.
A dict qu’il l’a cogneue aud. jardin, à sa crote des Arènes, et à
Rodilhan, non alheurs.
Led. Bonnet luy a remonstré n’estre vraysemblable qu’il la peult
forcer sur ung molon de segle, attandu que cela est glissant.
A dict que ce feust tout joignant lad. segle.
A requis aussi led. Bonnet qu’elle die la vérité, s’il l’a jamais
cogneue dans sa maison.
A dict que non.
Luy a remonstré que la commodité eust esté plus propre en sa maison
qu’alheurs, mesmes durant huict ou neuf jours que sa femme demeura
à Uzès allant visiter sa filhe, et que led. Bonnet et lad. Brueisse
couchoient en mesme chambre ung lit proche de l’autre.
A dict qu’il n’avoit loisir de l’ataquer à la maison car sa filhe y
estoit; d’alheurs sa femme n’est poinct allée à Uzès despuis ce temps
là.
Enquise par icelluy Bonnet de dire la vérité, s’il ne luy a paié ses
gages....., et si oultre cela il luy a donné autre chose pour l’induire
à mal.
A accordé avoir esté paié de ses gages, et oultre ce avoir receu de luy
trois escutz dix solz comme elle a dict cy dessus, et encores une autre
fois quatre escutz en or qu’il luy donna après avoir esté recogneue
ensaincte, et lhors qu’il la fist aller à Saint-Gilles chez ung oncle
de lad. Brueysse, et les luy bailha dans sa maison.
Led. Bonnet luy a dict qu’elle sçait bien la conversation et
familiarité qu’elle avoit avec... [_sic_] cordonier, lequel luy donna
ung aneau, et que c’est de ses euvres qu’elle a faict l’enfent, comme
elle a déclairé en sa première responce, à laquelle elle persévèreroit
si elle n’estoit constraincte par son frère.
A nyé la conversation et d’avoyr receu l’aneau et persévère que
l’enfent est dud. Bonnet. Dict aussi que led. Bonnet sçait bien que par
promesse ou menasse l’avoit induicte à donner l’enfent aud., contre
la vérité et sa conscience, l’ayant à ces fins faicte aller chez son
beau-filz.
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Led. Bonnet a requis que lad. Brueisse dise la vérité: où elle feust
cogneue la première fois et combien il a de tenps.
Lad. Brueisse a dict ainsi: «Voulés qu’iou vous ou digue? fouguet à
Roudilhan, a ung an per lou mens.»
Led. Bonnet a dict que par les contrariétés de lad. Brueisse, la
companie peult juger en quelle conscience elle parle. Aussi est elle
une putain, ainsi que sera attesté par le tesmoignage de M^e Passebois,
de Seynes, Percet, et Chalas le jeune qu’il requiert estre ouys....
Ce faict, après que led. Bonnet a desnyé avoir jamais cogneu
charnellement lad. Brueisse, non pas mesmes l’avoyr baisée à la bouche,
sont sortis du concistoire.
Et délibération prinse, Conclud que mecredy prochain, convoqué l’antien
concistoire, sera procédé au jugement de cest affere, et sera signifié
par M^r Gueissac aud. Bonnet de porter ses pièces justificatives si bon
luy semble.