Composition: Fonctions du «diacre» et de l’«ancien». Nombre des
membres du consistoire. Leur élection. Leur classe sociale.
Oppositions. Entrée en charge. Division du travail. Employés.
Fonctionnement: Séances ordinaires. Leurs dates. Leur présidence.
«Quorum» obligatoire. Séances de censure. «Consistoires
extraordinaires». Ce qu’on entend par «actes consistoriaux».
Un consistoire se compose de _diacres_ et d’_anciens_. Ces noms
différents impliquaient à l’origine des fonctions distinctes. M. P. de
Felice a montré que les diacres furent caractérisés tout d’abord par
des devoirs pastoraux[147]. D’après un document attribué au réformateur
Viret[148], leur charge «consiste à la réception, distribution et
administration des biens dediez aux povres et autres destituez à
l’usage de l’église, comme à la nourriture des ministres et autres
affaires ordinaires ou survenants[149]». Leur office est bien distinct
de celui des anciens qui ont à «veiller sur les vices et scandales
universellement de ceux qui sont du corps de l’église[150]». La
Discipline précise d’une façon analogue les fonctions diaconales.
«L’office des diacres (dit-elle) est de recueillir et distribuer par
l’avis du consistoire les deniers des pauvres, des prisonniers et des
malades, les visiter et en avoir soin[151].»
Cependant, à Nîmes, à la fin du XVI^e siècle, je ne trouve aucune
distinction entre les fonctions de diacre et d’ancien. Tout d’abord,
les diacres n’ont pas la direction des finances de l’église: en effet,
les receveurs des deniers des pauvres et des deniers de l’église
sont, au contraire, choisis parmi les anciens[152]; de plus, un
synode provincial déclare responsables de l’entretien du pasteur les
diacres et les anciens indistinctement[153], et cette décision est
acceptée théoriquement par l’église de Nîmes[154]. Les diacres n’ont
pas davantage le devoir particulier de s’occuper des pauvres, car le
16 janvier 1602, le consistoire charge chaque «ancien» d’apporter le
rôle de ses pauvres[155], et l’hôpital est visité par «ung ministre
accompagné d’aulcungz du concistoyre[156]», non pas spécialement de
diacres.—Quant aux fonctions pastorales dont nous parle Viret, elles
semblent passer aux proposants: la lecture en chaire est faite par des
écoliers[157].—En outre, je ne trouve dans le registre aucune mention
des diacres-catéchistes dont parle M. de Felice[158] (et à propos
desquels il signale d’ailleurs que leurs fonctions tendent à passer
aux proposants[159]), ni aucune trace de charges spéciales données
aux diacres pendant la Cène[160].—Enfin, ceux-ci sont députés aux
colloques et synodes au même titre que les anciens[161].
On peut conclure de tout cela que la distinction primitive entre les
deux charges de diacre et d’ancien est, à cette époque, complètement
abolie dans l’église de Nîmes.
Le nombre des membres d’un consistoire change suivant les lieux et
même suivant les époques. Ainsi, à Nîmes, en 1596, il y a quatorze
anciens[162], mais les années suivantes, on en trouve quinze[163];
à Codognan, il n’y a que six anciens[164], de même à Junas[165]; à
La Salle, leur nombre oscille entre onze et quatorze, suivant les
années[166]. La proportion des diacres et des anciens est variable
également dans le consistoire. A Codognan, ils ne sont pas distingués
et les membres sont tous compris sous la dénomination d’«anciens[167]».
A Junas, il se trouve un seul diacre pour cinq «surveillans[168]». A
Nîmes, il y a régulièrement un diacre pour deux anciens[169].
Les élections se font à divers moments de l’année. A Codognan, les
membres nouveaux entrent en charge en juillet, en août, en octobre,
en novembre ou en décembre indifféremment, et ceci dans un intervalle
de treize ans[170]. A Montdardier, comme à Nîmes, c’est à la fin et
au commencement de l’année que se fait l’élection[171]. Le 5 janvier
1601, le consistoire de Nîmes décide qu’il est temps de changer les
anciens «suyvant la coustume»; on commence par exhorter «tous ceulx du
concistoire estans présens de demeurer pour l’année prochaine»; ceux
qui refusent donnent leurs raisons, et on les remplace à la majorité
des voix; les autres sont «continués» dans leur charge[172]. Il est
donc non seulement licite, mais encore recommandé aux anciens de
rester en charge pendant plusieurs sessions. Et pourtant, l’on en voit
assez rarement qui persistent plus de deux ou trois ans dans leur
emploi. Voici, il est vrai, à Codognan, «le sieur Valete» qui reste au
consistoire pendant quatorze années consécutives[173]. Mais de pareils
cas sont rares et il est à croire que les fidèles ne tenaient pas, en
général, à conserver une charge qui ne laissait pas de nuire à leurs
occupations.—A chaque nouvelle session, quelques-uns des anciens
«vieux» étaient «continués[174]» dans le but de mettre les «nouveaux»
au courant des affaires. C’est du moins cette raison qu’alléguait le
consistoire de La Salle pour, deux fois l’an, se renouveler par moitié
seulement[175].
A Nîmes, la durée du mandat était de douze mois[176]. C’était les
membres sortants qui choisissaient les nouveaux à la majorité
des voix[177]. A l’origine, le peuple avait élu les anciens
par acclamations[178]. Puis, suivant une marche naturelle aux
institutions, l’élection était tombée aux mains d’une oligarchie: le
consistoire lui-même. Le très vague article du synode de Nîmes (1601),
recommandant aux consistoires d’user «de prudence en la nomination des
anciens, pour empescher l’ambition qui sourdroit en l’église», s’ils ne
procédaient «avec la discrétion qui y est requise[179]», ne diminuait
pas beaucoup leur liberté.
Les anciens étaient choisis dans toutes les classes de la société.
Chacun pouvait être élu à la condition de jouir d’une honorabilité
parfaite. J’ai recherché, d’après le livre de M. Puech, qui nous
donne une étude de l’état des personnes à Nîmes à la fin du XVI^e
siècle[180], quelles étaient les professions des membres du consistoire
pendant les années 1596 à 1602. Il en est un certain nombre dont
je n’ai pu retrouver le rang social, c’est qu’ils ont passé dans
l’histoire sans laisser de traces. Mais quelque imparfait qu’il soit,
le tableau suivant peut servir à montrer que toutes les classes de la
société nîmoise concouraient à former le consistoire[181].