II

L’édit fut rendu, et les vierges pèlerines cheminèrent vers la demeure

du prince. Les unes arrivaient accompagnées de leur famille, de leurs

amis, de leurs serviteurs et de tous ceux qui, confiants en la beauté de

la postulante, espéraient, par leur servilité, se faire un titre à des

faveurs futures; les autres arrivaient seules, fortes de leur pureté et

assez protégées par une telle armure,--ou bien luxurieuses et mêmes

courtisanes et songeant à capter le prince par leur hardiesse ou par

leur science, et encore toutes prêtes à monter de mâle en mâle jusqu’au

trône.

Elles arrivaient les unes et les autres, et on les traitait ainsi que

des reines possibles; toutes étaient pareillement reçues avec les égards

les plus minutieux: cependant, les plus riches ou les plus belles, et

d’abord celles qui avaient le double don de la richesse et de la beauté,

trouvaient un accueil plus empressé et plus déférent: on leur offrait

les plus odorantes fleurs et les confitures les plus parfumées, et les

chambres du palais les plus commodes et les mieux ornées leur étaient

indiquées par les chambellans.

Selon ce qu’avaient prévu les ministres du prince Astère, nulle de ces

belles n’avait choisi l’étable et le lit de paille d’avoine; à l’offre

de s’anuiter parmi les bonnes vaches et les douces génisses, toutes se

mettaient à rire, croyant à une agréable plaisanterie et songeant:

«Dieu! qu’on a d’esprit à la cour!»

D'un pays lointain: Miracles; Visages de femmes; Anecdotes · 第 42 / 84 题