L’édit fut rendu, et les vierges pèlerines cheminèrent vers la demeure
du prince. Les unes arrivaient accompagnées de leur famille, de leurs
amis, de leurs serviteurs et de tous ceux qui, confiants en la beauté de
la postulante, espéraient, par leur servilité, se faire un titre à des
faveurs futures; les autres arrivaient seules, fortes de leur pureté et
assez protégées par une telle armure,--ou bien luxurieuses et mêmes
courtisanes et songeant à capter le prince par leur hardiesse ou par
leur science, et encore toutes prêtes à monter de mâle en mâle jusqu’au
trône.
Elles arrivaient les unes et les autres, et on les traitait ainsi que
des reines possibles; toutes étaient pareillement reçues avec les égards
les plus minutieux: cependant, les plus riches ou les plus belles, et
d’abord celles qui avaient le double don de la richesse et de la beauté,
trouvaient un accueil plus empressé et plus déférent: on leur offrait
les plus odorantes fleurs et les confitures les plus parfumées, et les
chambres du palais les plus commodes et les mieux ornées leur étaient
indiquées par les chambellans.
Selon ce qu’avaient prévu les ministres du prince Astère, nulle de ces
belles n’avait choisi l’étable et le lit de paille d’avoine; à l’offre
de s’anuiter parmi les bonnes vaches et les douces génisses, toutes se
mettaient à rire, croyant à une agréable plaisanterie et songeant:
«Dieu! qu’on a d’esprit à la cour!»