[Illustration]
_EGALITÉ DES HOMMES ET DES FEMMES._
LA pluspart de ceux qui prennent la cause, des femmes, contre cette
orgueilleuse preferance que les hommes s'attribuent, leur rendent
le change entier: r'envoyans la preferance vers elles. Moy qui fuys
toutes extremitez, je me contente de les esgaler aux hommes: la nature
s'opposant pour ce regard autant à la superiorité qu'à l'inferiorité.
Que dis-je, il ne suffit pas à quelques gens de leur preferer le sexe
masculin, s'ils ne les confinoient encores d'un arrest irrefragable &
necessaire à la quenoüille, ouy mesme à la quenouille seule. Mais ce
qui les peut consoler contre ce mespris, c'est qu'il ne se faict que
par ceux d'entre les hommes ausquels elles voudroient moins ressembler:
personnes à donner vray semblance aux reproches qu'on pourroit vosmir
sur le sexe feminin, s'ils en estoient, & qui sentent en leur cœur ne
se pouvoir recommander que par le credit de l'autre. D'autant qu'ils
ont ouy trompetter par les ruës, que les femmes manquent de dignité,
manquent aussi de suffisance, voire du temperament & des organes pour
arriver à cette-cy, leur eloquence triomphe à prescher ces maximes:
& tant plus opulemment, de ce que, dignité, suffisance, organes &
temperament sont beaux mots: n'ayans pas appris d'autre part, que
la premiere qualité d'un mal habill'homme, c'est de cautionner les
choses soubs la foy populaire & par ouyr dire. Voyez tels esprits
comparer ces deux sexes: la plus haute suffisance à leur advis où les
femmes puissent arriver, c'est de ressembler le commun des hommes:
autant eslongnez d'imaginer, qu'une grande femme se peust dire grand
homme, le sexe changé, que de consentir qu'un homme se peust eslever
à l'estage d'un Dieu. Gens plus braves qu'Hercules vrayement, qui ne
desfit que douze monstres en douze combats; tandis que d'une seule
parolle ils desfont la moitié du Monde. Qui croira cependant, que
ceux qui se veulent eslever & fortifier de la foiblesse d'autruy, se
puissent eslever ou fortifier de leur propre force? Et le bon est,
qu'ils pensent estre quittes de leur effronterie à vilipender ce sexe,
usants d'une effronterie pareille à se loüer & se dorer eux mesmes,
je dis par fois en particulier comme en general, voire à quelque tort
que ce soit: comme si la verité de leur vanterie recevoit mesure &
qualité de son impudence. Et Dieu sçait si je congnois de ces joyeux
vanteurs, & dont les vanteries sont tantost passées en proverbe, entre
les plus eschauffez au mespris des femmes. Mais quoy, s'ils prennent
droict d'estre galans & suffisans hommes, de ce qu'ils se declarent
tels comme par Edict; pourquoy n'abestiront ils les femmes par le
contrepied d'un autre Edict? Et si je juge bien, soit de la dignité,
soit de la capacité des dames, je ne pretends pas à cette heure de le
prouver par raisons, puisque les opiniastres les pouroient debattre,
ny par exemples, d'autant qu'ils sont trop communs; ains seulement
par l'aucthorité de Dieu mesme, des arcsboutans de son Eglise & de
ces grands hommes qui ont servy de lumiere à l'Univers. Rangeons ces
glorieux tesmoins en teste, & reservons Dieu, puis les Saincts Peres de
son Eglise, au fonds, comme le tresor.
[Hypathia.]
Platon à qui nul n'a debattu le tiltre de divin, & consequemment
Socrates son interprete & Protecole en ses Escripts; (s'il n'est là
mesme celuy de Socrates, son plus divin Precepteur) leur assignent
mesmes droicts, facultez & functions, en leurs Republiques & par tout
ailleurs. Les maintiennent, en outre, avoir surpassé maintefois tous
les hommes de leur Patrie: comme en effect elles ont inventé partie
des plus beaux arts, ont excellé, voire enseigné cathedralement &
souverainement sur tous les hommes en toutes sortes de perfections
& vertus, dans les plus fameuses villes antiques entre autres
Alexandrie, premiere de l'Empire apres Rome. Dont il est arrivé que ces
deux Philosophes, miracles de Nature, ont creu donner plus de lustre
à des discours de grand poix, s'ils les prononçoient en leurs livres
par la bouche de Diotime & d'Aspasie: Diotime que ce dernier ne craint
point d'appeller sa maistresse & Preceptrice, en quelques unes des
plus hautes sciences, luy Precepteur & maistre du genre humain. Ce que
Theodoret releve si volontiers en l'Oraison de la Foy, ce me semble;
qu'il paroist bien que l'opinion favorable au sexe luy estoit fort
plausible. Apres tous ces tesmoignages de Socrates, sur le faict des
dames; on void assez que s'il lache quelque mot au Sympose de Xenophon
contre leur prudence, à comparaison de celle des hommes, il les regarde
selon l'ignorance & l'inexperience où elles sont nourries, ou bien au
pis aller en general, laissant lieu frequent & spatieux aux exceptions:
à quoy les deviseurs dont est question ne s'entendent point.
[Erasme Epist: & Colloq. Politia: Epist. Agripa Precel: du sexe
feminin. Courtizan.]
[Hotman pour l'etymologie des Pairs: du Tillet & Math. Histoire du
Roy pour les Dames Pairresses.]
[Plut.]
Que si les dames arrivent moins souvent que les hommes, aux degrez
d'excellence, c'est merveille que le deffaut de bonne instruction,
voire l'affluence de la mauvaise expresse & professoire ne face
pis, les gardant d'y pouvoir arriver du tout. Se trouve til plus
de difference des hommes à elles que d'elles à elles mesmes, selon
l'institution qu'elles ont prinse, selon qu'elles sont eslevées en
ville ou village, ou selon les Nations? Et pourquoy leur institution ou
nourriture aux affaires & Lettres à l'egal des hommes, ne rempliroit
elle ce vuide, qui paroist ordinairement entre les testes des mesmes
hommes & les leurs: puis que la nourriture est de telle importance
qu'un de ses membres seulement, c'est à dire le commerce du monde,
abondant aux Françoises & aux Angloises, & manquant aux Italiennes,
celles cy sont de gros en gros de si loing surpassées par celles là?
Je dis de gros en gros, car en detail les dames d'Italie triumphent
par fois: & nous en avons tiré deux Reynes à la prudence desquelles
la France a trop d'obligation. Pourquoy vrayment la nourriture ne
frapperoit elle ce coup, de remplir la distance qui se void entre les
entendemens des hommes & des femmes; veu qu'en cet exemple icy le
moins surmonte le plus, par l'assistance d'une seule de ses parcelles,
je dis ce commerce & conversation: l'air des Italiennes estant plus
subtil & propre à subtilizer les esprits, comme il paroist en ceux de
leurs hommes, confrontez communement contre ceux là des François & des
Anglois? Plutarque au Traicté des vertueux faicts des femmes maintient;
que la vertu de l'homme & de la femme est mesme chose. Seneque d'autre
part publie aux Consolations; qu'il faut croire que la Nature n'a point
traicté les dames ingratement, ou restrainct & racourcy leurs vertus
& leurs esprits, plus que les vertus & les esprits des hommes: mais
qu'elle les a doüées de pareille vigueur & de pareille faculté à toute
chose honeste & loüable. Voyons ce qu'en juge apres ces deux, le tiers
chef du Triumvirat de la sagesse humaine & morale en ses Essais. Il
luy semble, dit il, & si ne sçait pourquoy, qu'il se trouve rarement
des femmes dignes de commander aux hommes. N'est ce pas les mettre
en particulier à l'egale contrebalance des hommes, & confesser, que
s'il ne les y met en general il craint d'avoir tort: bien qu'il peust
excuser sa restrinction, sur la pauvre & disgraciée nourriture de ce
sexe. N'oubliant pas au reste d'alleguer & relever en autre lieu de son
mesme livre, cette authorité que Platon leur depart en sa Republique: &
qu'Anthistenes nioit toute difference au talent & en la vertu des deux
sexes. Quant au Philosophe Aristote, puisque remuant Ciel & terre, il
n'a point contredit en gros, que je scache, l'opinion qui favorise les
dames, il l'a confirmée: s'en rapportant, sans doubte, aux sentences
de son pere & grand pere spirituels, Socrates & Platon, comme à chose
constante & fixe soubs le credit de tels personnages: par la bouche
desquels il faut advoüer que le genre humain tout entier, & la raison
mesme, ont prononcé leur arrest. Est il besoing d'alleguer infinis
autres anciens & modernes de nom illustre, ou parmy ces derniers,
Erasme, Politien, Agripa, ny cet honneste & pertinent Precepteur des
courtizans: outre tant de fameux Poëtes si contrepoinctez tous ensemble
aux mespriseurs du sexe feminin, & si partisans de ses advantages
aptitude & disposition à tout office & tout exercice louable & digne?
Les dames en verité se consolent, que ces descrieurs de leur merite
ne se peuvent prouver habiles gens, si tous ces esprits le sont: &
qu'un homme fin ne dira pas, encores qu'il le creust, que le merite &
passedroit du sexe feminin tire court, pres celuy du masculin; jusques
à ce que par arrest il ait faict declarer tous ceux là buffles, affin
d'infirmer leur tesmoignage si contraire à tel decry. Et buffles
faudroit il encores declarer des Peuples entiers & des plus sublins,
entre autres ceux de Smyrne en Tacitus: qui pour obtenir jadis à Rome
presseance de noblesse sur leurs voisins, allegoient estre descendus,
ou de Tantalus fils de Jupiter ou de Theseus petit fils de Neptune ou
d'une Amazone, laquelle par ce moyen ils contrepesoient à ces Dieux.
Pour le regard de la loy Salique, qui prive les femmes de la couronne,
elle n'a lieu qu'en France. Et fut inventée au temps de Pharamond, pour
la seulle consideration des guerres contre l'Empire duquel nos Peres
secoüoient le joug: le sexe feminin estant vray semblablement d'un
corps moins propre aux armes, par la necessité du port & nourriture des
enfans. Il faut rémarquer encores neantmoins, que les Pairs de France
ayans esté créez en premiere intention comme une espece de personniers
des Roys, ainsi que leur nom le declare: les dames Pairaisses de leur
chef ont seance, privilege & voix deliberative par tout où les Pairs
en ont & de mesme estendue. Comme aussi les Lacedemoniens ce brave &
genereux Peuple, consultoit de toutes affaires privées & publiques
avec ses femmes. Bien a servy cependant aux François, de trouver
l'invention des Regentes, pour un equivalent des Roys; car sans cela
combien y a il que leur Estat fust par terre? Nous sçaurions bien dire
aujourd'huy par espreuve, quelle necessité les minoritez des Roys ont
de cette recepte. Les Germains ces belliqueux Peuples, dit Tacitus,
qui apres plus de deux cens ans de guerre, furent plustost triumphéz
que vaincus; portoient dot à leurs femmes, non au rebours. Ils avoient
au surplus des Nations, qui n'estoient jamais regies que par ce sexe.
Et quand Ænee presente à Didon le sceptre d'Ilione, les scoliastes
disent, que cela provient, de ce que les dames filles aisnées, telle
qu'estoit cette Princesse, regnoient anciennement aux maisons Royalles.
Veult-on deux plus beaux envers à la loy Salique, si deux envers elle
peut souffrir? Si ne mesprisoient pas les femmes nos anciens Gaulois,
ny les Carthaginois aussi; lors qu'estans unis en l'armée d'Hanibal
pour passer les Alpes, ils establirent les dames Gauloises arbitres
de leurs differends. Et quand les hommes desroberoient à ce sexe en
plusieurs lieux, part aux meilleurs advantages; l'inegalité des forces
corporelles plus que des spirituelles, ou du merite, peut facilement
estre cause du larrecin & de sa souffrance: forces corporelles, qui
sont vertus si basses, que la beste en tient plus par dessus l'homme,
que l'homme par dessus la femme. Et si ce mesme Historiographe
Latin nous apprend, qu'où la force regne, l'equité, la probité, la
modestie mesme, sont les attributs du vainqueur; s'estonnera-on, que
la suffisance & les merites en general, soient ceux de nos hommes,
privativement aux femmes.
[Homil. I.]
[Olda Debora.]
Au surplus l'animal humain n'est homme ny femme, à le bien prendre,
les sexes estants faicts non simplement, mais _secundum quid_, comme
parle l'Eschole: c'est à dire pour la seule propagation. L'unique
forme & difference de cet animal, ne consiste qu'en l'ame humaine. Et
s'il est permis de rire en passant, le quolibet ne sera pas hors de
saison, nous apprenant; qu'il n'est rien plus semblable au chat sur une
fenestre, que la chatte. L'homme & la femme sont tellement uns, que si
l'homme est plus que la femme, la femme est plus que l'homme. L'homme
fut creé masle & femelle, dit l'Escriture, ne comptant ces deux que
pour un. Dont Jesus-Christ est appellé fils de l'homme, bien qu'il ne
le soit que de la femme. Ainsi parle apres le grand Sainct Basile: La
vertu de l'homme & de la femme est mesme chose, puis que Dieu leur a
decerné mesme creation & mesme honneur: _masculum & fœminam fecit eos_.
Or en ceux de qui la Nature est une & mesme, il faut que les actions
aussi le soient, & que l'estime & loyer en suitte soient pareils, où
les œuvres sont pareilles. Voila donc la deposition de ce puissant
pilier, & venerable tesmoing de l'Eglise. Il n'est pas mauvais de se
souvenir sur ce poinct, que certains ergotistes anciens, ont passé
jusques à cette niaise arrogance, de debattre au sexe feminin l'image
de Dieu à difference de l'homme: laquelle image ils devoient, selon
ce calcul attacher à la barbe. Il failloit de plus & par consequent,
desnier aux femmes l'image de l'homme, ne pouvant luy ressembler, sans
qu'elles ressemblassent à celuy auquel il ressemble. Dieu mesme leur
a departy les dons de Prophetie indifferamment avec les hommes, les
ayant establies aussi pour Juges, instructrices & conductrices de son
Peuple fidelle en paix & en guerre: & qui plus est, rendu triumphantes
avec luy des hautes victoires, qu'elles ont aussi maintefois emportées
& arborées en divers lieux du Monde: mais sur quelles gens, à vostre
advis? Cyrus & Theseus: à ces deux on adjouste Hercules, lequel
elles ont sinon vaincu, du moins bien battu. Aussi fut la cheute de
Pentasilée, couronnement de la gloire d'Achilles: oyez Seneque &
Ronsard parlans de luy.
_L'Amazone il vainquit dernier effroy des Grecs.
Pentasilée il rua sur la poudre._
[Entre autres au Calendrier des Grecs, publié par Genebrard.]
[Epist.]
[Electra.]
Ont elles au surplus, (ce mot par occasion) moins excellé de foy, qui
comprend toutes les vertus principales, que de suffisance & de force
magnanime & guerriere? Paterculus nous apprend, qu'aux proscriptions
Romaines, la fidelité des enfans fut nulle, des affranchis legere,
des femmes tresgrande. Que si Sainct Paul, suyvant ma route des
tesmoignages saincts, leur deffend le ministere & leur commande le
silence en l'Eglise: il est evident que ce n'est point par aucun
mespris: ouy bien seulement, de crainte qu'elles n'esmeuvent les
tentations, par cette montre si claire & publique qu'il faudroit
faire en ministrant & preschant, de ce qu'elles ont de grace & de
beauté plus que les hommes. Je dis que l'exemption de mespris est
evidente, puisque cet Apostre parle de Thesbé comme de sa coadjutrice
en l'œuvre de nostre Seigneur, sans toucher le grand credit de Saincte
Petronille vers sainct Pierre: & puis aussi que la Magdeleine est
nommée en l'Eglise egale aux Apostres, _par Apostolis_. Voire que
l'Eglise & eux-mesmes ont permis une exception de ceste reigle de
silence pour elle, qui prescha trente ans en la Baume de Marseille au
rapport de toute la Provence. Et si quelqu'un impugne ce tesmoignage
de predications, on luy demandera que faisoient les Sibyles, sinon
prescher l'Univers par divine inspiration, sur l'evenement futur de
Jesus-Christ? Toutes les anciennes Nations concedoient la Prestrise
aux femmes, indifferemment avec les hommes. Et les Chrestiens sont au
moins forcez de consentir, qu'elles soyent capables d'appliquer le
Sacrement de Baptesme: mais quelle faculté de distribuer les autres,
leur peut estre justement deniée; si celle de distribuer cestuy-là,
leur est justement accordé? De dire que la necessité des petits enfans
mourans, ait forcé les Peres anciens d'establir cet usage en despit
d'eux: il est certain qu'ils n'auroient jamais creu que la necessité
les peust dispenser de mal faire, jusques aux termes de permettre
violer & diffamer l'application d'un Sacrement. Et partant concedans
ceste faculté de distribution aux femmes, on void à clair qu'ils ne les
ont interdites de distribuer les autres Sacremens, que pour maintenir
tousjours plus entiere l'auctorité des hommes; soit pour estre de leur
sexe, soit afin qu'à droit ou à tort, la paix fust plus asseurée entre
les deux sexes, par la foiblesse & ravallement de l'un. Certes sainct
Jerosme escrit sagement à nostre propos; qu'en matiere du service de
Dieu, l'esprit & la doctrine doivent estre considerez, non le sexe.
Sentence qu'on doit generaliser, pour permettre aux Dames à plus
forte raison, toute action & science honneste: & cela suyvant aussi
les intentions du mesme sainct, qui de sa part honnore & auctorise
bien fort leur sexe. Davantage sainct Jean l'Aigle & le plus chery des
Evangelistes, ne mesprisoit pas les femmes non plus que sainct Pierre,
sainct Paul & ces deux Peres, j'entends saint Basile & sainct Jerosme;
puis qu'il leur addresse ses Epistres particulierement: sans parler
d'infinis autres Ss: ou Peres, qui font pareille addresse de leurs
Escrits. Quand au faict de Judith je n'en daignerois faire mention s'il
estoit particulier, cela s'appelle dependant du mouvement & volonté de
son auctrice: non plus que je ne parle des autres de ce qualibre; bien
qu'ils soient immenses en quantité, comme ils sont autant heroiques en
qualité de toutes sortes, que ceux qui couronnent les plus illustres
hommes. Je n'enregistre point les faicts privez, de crainte qu'ils
semblent, non advantages & dons du sexe, ains boüillons d'une vigueur
privée & specialle. Mais celuy de Judith merite place en ce lieu, parce
qu'il est bien vray, que son dessein tombant au cœur d'une jeune
dame, entre tant d'hommes lasches & faillis de cœur, à tel besoing, en
si haulte & si difficile entreprise, & pour tel fruict, que le salut
d'un Peuple & d'une Cité fidelle à Dieu: semble plustost estre une
inspiration & prerogative divine vers les femmes, qu'un traict purement
voluntaire. Comme aussi le semble estre celuy de la Pucelle d'Orleans,
accompagné de mesmes circonstances environ, mais de plus ample & large
utilité, s'estendant jusques au salut d'un grand Royaume & de son
Prince.
[Æneid. I. allusion.]
_Cette illustre Amazone instruicte aux soins de Mars,
Fauche les escadrons & brave les hazars:
Vestant le dur plastron sur sa ronde mammelle,
Dont le bouton pourpré de graces estincelle:
Pour couronner son chef de gloire & de lauriers,
Vierge elle ose affronter les plus fameux guerriers._
Adjoustons que la Magdelene est la seule ame, à qui le Redempteur
ait jamais prononcé ce mot, & promis cette auguste grace: En tous
lieux où se preschera l'Evangile il sera parlé de toy. Jesus-Christ
d'autrepart, declara sa tres heureuse & tres glorieuse resurrection
aux dames les premieres, affin de les rendre, dit un venerable Pere
ancien, Apostresses aux propres Apostres: cela, comme lon sçait, avec
mission expresse: Va, dit il, à cette cy mesme, & recite aux Apostres &
à Pierre ce que tu as veu. Surquoy il faut notter, qu'il manifesta sa
nouvelle naissance esgalement aux femmes qu'aux hommes, en la personne
d'Anne fille de Phannel, qui le recongneut en mesme instant, que le bon
vieillard Sainct Simeon. Laquelle naissance, d'abondant, les Sybilles
nommées, ont predite seules entre les Gentils, excellent privilege du
sexe feminin. Quel honneur faict aux femmes aussi, ce songe survenu
chez Pilate; s'addressant à l'une d'elles privativement à tous les
hommes, & en telle & si haulte occasion. Et si les hommes se vantent,
que Jesus-Christ soit nay de leur sexe, on respond, qu'il le failloit
par necessaire bien sceance, ne se pouvant pas sans scandale, mesler
jeune & à toutes les heures du jour & de la nuict parmy les presses,
aux fins de convertir, secourir & sauver le genre humain, s'il eust
esté du sexe des femmes: notamment en face de la malignité des Juifs.
Que si quelqu'un au reste est si fade; d'imaginer masculin ou feminin
en Dieu, bien que son nom semble sonner le masculin, ny consequemment
besoin d'acception d'un sexe plustost que de l'autre, pour honnorer
l'incarnation de son fils; cettuy cy monstre à plein jour, qu'il est
aussi mauvais Philosophe que Theologien. D'ailleurs, l'advantage
qu'ont les hommes par son incarnation en leur sexe; (s'ils en peuvent
tirer un advantage, veu cette necessité remarquée) est compensé par
sa conception tres precieuse au corps d'une femme, par l'entiere
perfection de cette femme, unique à porter nom de parfaicte entre
toutes les creatures purement humaines, depuis la cheute de nos
premiers parens, & par son assumption unique en suject humain aussi.
Finalement si l'Escripture a declaré le mary, chef de la femme, la plus
grande sottise que l'homme peust faire, c'est de prendre cela pour
passedroict de dignité. Car veu les exemples, aucthoritez & raisons
nottées en ce discours, par où l'egalité des graces & faveurs de Dieu
vers les deux especes ou sexes est prouvée, voire leur unité mesme, &
veu que Dieu prononce: Les deux ne seront qu'un: & prononce encores:
L'homme quittera pere & mere pour suivre sa femme; il paroist que cette
declaration n'est faicte que par le besoin expres de nourrir paix en
mariage. Lequel besoin requeroit, sans doubte, qu'une des parties
cédast à l'autre, & la prestance des forces du masle ne pouvoit pas
souffrir que la soubmission vînt de sa part. Et quand bien il seroit
veritable, selon que quelques uns maintiennent, que cette soubmission
fut imposée à la femme pour chastiement du peché de la pomme: cela
encores est bien esloigné de conclure à la pretendue preferance de
dignité en l'homme. Si lon croioit que l'Escripture luy commendast de
ceder à l'homme, comme indigne de le contrecarrer, voyez l'absurdité
qui suivroit: la femme se treuveroit digne d'estre faicte à l'image du
Createur, de jouyr de la tressaincte Eucaristie, des mysteres de la
Redemption, du Paradis & de la vision voire possession de Dieu, non pas
des advantages et privileges de l'homme: seroit ce pas declarer l'homme
plus precieux & relevé que telles choses, & partant commettre le plus
grief des blasphemes?