Que ſi les dames arriuẽt moins ſouuẽt que les hõmes, aux degrez
d'excellence, c'eſt merueille que le deffaut de bonne inſtructiõ,
voire l'affluẽce de la mauuaiſe expreſſe & profeſſoire ne face
pis, les gardant d'y pouuoir arriuer du tout. Se trouue til plus
de difference des hommes à elles que d'elles à elles meſmes, ſelon
l'inſtitution qu'elles ont prinſe, ſelon qu'elles ſont eſleuées en
ville ou village, ou ſelon les Nations? Et pourquoy leur inſtitution ou
nourriture aux affaires & Lettres à l'egal des hommes, ne rempliroit
elle ce vuide, qui paroiſt ordinairement entre les teſtes des meſmes
hommes & les leurs: puis que la nourriture eſt de telle importance
qu'vn de ſes membres ſeulement, c'eſt à dire le commerce du monde,
abondant aux Françoiſes & aux Angloiſes, & manquant aux Italiennes,
celles cy ſont de gros en gros de ſi loing ſurpaſſées par celles là?
Ie dis de gros en gros, car en detail les dames d'Italie triumphent
par fois: & nous en auons tiré deux Reynes à la prudence deſquelles
la France a trop d'obligation. Pourquoy vrayment la nourriture ne
frapperoit elle ce coup, de remplir la diſtance qui ſe void entre les
entendemens des hommes & des femmes; veu qu'en cet exemple icy le
moins ſurmonte le plus, par l'aſſiſtance d'vne ſeule de ſes parcelles,
ie dis ce cõmerce & conuerſatiõ: l'air des Italiẽnes eſtant plus
ſubtil & propre à ſubtilizer les eſprits, comme il paroiſt en ceux de
leurs hommes, confrontez communement contre ceux là des François & des
Anglois? Plutarque au Traicté des vertueux faicts des femmes maintient;
que la vertu de l'homme & de la femme eſt meſme choſe. Seneque d'autre
part publie aux Conſolations; qu'il faut croire que la Nature n'a point
traicté les dames ingratement, ou reſtrainct & racourcy leurs vertus
& leurs eſprits, plus que les vertus & les eſprits des hõmes: mais
qu'elle les a doüées de pareille vigueur & de pareille faculté à toute
choſe honeſte & loüable. Voyons ce qu'en iuge apres ces deux, le tiers
chef du Triũuirat de la ſageſſe humaine & morale en ſes Eſſais. Il
luy ſemble, dit il, & ſi ne ſçait pourquoy, qu'il ſe trouue rarement
des femmes dignes de commander aux hommes. N'eſt ce pas les mettre
en particulier à l'egale contrebalance des hommes, & confeſſer, que
s'il ne les y met en general il craint d'auoir tort: bien qu'il peuſt
excuſer ſa reſtrinction, ſur la pauure & diſgraciée nourriture de ce
ſexe. N'oubliant pas au reſte d'alleguer & releuer en autre lieu de ſon
meſme liure, cette authorité que Platon leur depart en ſa Republique: &
qu'Anthiſtenes nioit toute difference au talent & en la vertu des deux
ſexes. Quant au Philoſophe Ariſtote, puiſque remuant Ciel & terre, il
n'a point contredit en gros, que ie ſcache, l'opinion qui fauoriſe les
dames, il l'a confirmée: s'en rapportant, sans doubte, aux ſentences
de ſon pere & grand pere ſpirituels, Socrates & Platõ, comme à choſe
conſtante & fixe ſoubs le credit de tels perſonnages: par la bouche
deſquels il faut aduoüer que le genre humain tout entier, & la raiſon
meſme, ont prononcé leur arreſt. Eſt il beſoing d'alleguer infinis
autres anciens & modernes de nom illuſtre, ou parmy ces derniers,
Eraſme, Politien, Agripa, ny cet honneſte & pertinent Precepteur des
courtizans: outre tant de fameux Poëtes ſi contrepoinctez tous enſemble
aux meſpriſeurs du ſexe feminin, & ſi partiſans de ſes aduantages
aptitude & diſpoſition à tout office & tout exercice louable & digne?
Les dames en verité ſe conſolent, que ces deſcrieurs de leur merite
ne ſe peuuent prouuer habiles gens, ſi tous ces eſprits le ſont: &
qu'vn homme fin ne dira pas, encores qu'il le creuſt, que le merite &
paſſedroit du ſexe feminin tire court, pres celuy du maſculin; iuſques
à ce que par arreſt il ait faict declarer tous ceux là buffles, affin
d'infirmer leur teſmoignage ſi contraire à tel decry. Et buffles
faudroit il encores declarer des Peuples entiers & des plus ſublins,
entre autres ceux de Smyrne en Tacitus: qui pour obtenir iadis à Rome
preſſeãce de nobleſſe ſur leurs voiſins, allegoient eſtre deſcendus,
ou de Tantalus fils de Iupiter ou de Theſeus petit fils de Neptune ou
d'vne Amazone, laquelle par ce moyen ils contrepeſoient à ces Dieux.
Pour le regard de la loy Salique, qui priue les femmes de la couronne,
elle n'a lieu qu'en France. Et fut inuẽtée au temps de Pharamond, pour
la ſeulle conſideration des guerres contre l'Empire duquel nos Peres
ſecoüoient le ioug: le ſexe feminin eſtant vray ſemblablement d'vn
corps moins propre aux armes, par la neceſſité du port & nourriture des
enfans. Il faut rémarquer encores neantmoins, que les Pairs de France
ayans eſté créez en premiere intention comme vne eſpece de perſonniers
des Roys, ainſi que leur nom le declare: les dames Pairaiſſes de leur
chef ont ſeance, priuilege & voix deliberatiue par tout où les pairs
en ont & de meſme eſtendue. Comme auſſi les Lacedemoniens ce braue &
genereux Peuple, conſultoit de toutes affaires priuées & publiques
auec ſes femmes. Plut. Bien a ſeruy cependant aux François, de trouuer
l'inuention des Regentes, pour vn equiualent des Roys; car ſans cela
combien y a il que leur Eſtat fuſt par terre? Nous ſçaurions bien dire
auiourd'huy par eſpreuue, quelle neceſſité les minoritez des Roys ont
de cette recepte. Les Germains ces belliqueux Peuples, dit Tacitus,
qui apres plus de deux cens ans de guerre, furent pluſtoſt triumphéz
que vaincus; portoient dot à leurs femmes, non au rebours. Ils auoient
au ſurplus des Nations, qui n'eſtoient iamais regies que par ce ſexe.
Et quand Ænee preſente à Didon le ſceptre d'Ilione, les ſcoliaſtes
diſent, que cela prouient, de ce que les dames filles aiſnées, telle
qu'eſtoit cette Princeſſe, regnoient anciennement aux maiſons Royalles.
Veult on deux plus beaux enuers à la loy Salique, ſi deux enuers elle
peut ſouffrir? Si ne meſpriſoient pas les femmes nos anciens Gaulois,
ny les Carthaginois auſſi; lors qu'eſtans vnis en l'armée d'Hanibal
pour paſſer les Alpes, ils eſtablirent les dames Gauloiſes arbitres
de leurs differends. Et quand les hommes deſroberoient à ce ſexe en
pluſieurs lieux, part aux meilleurs aduantages; l'inegalité des forces
corporelles plus que des ſpirituelles, ou du merite, peut facilement
eſtre cauſe du larrecin & de ſa ſouffrance: forces corporelles, qui
ſont vertus ſi baſſes, que la beſte en tient plus par deſſus l'homme,
que l'homme par deſſus la femme. Et ſi ce meſme Hiſtoriographe
Latin nous apprend, qu'où la force regne, l'equité, la probité, la
modeſtie meſme, ſont les attributs du vainqueur; s'eſtonnera-on, que
la ſuffiſance & les merites en general, ſoient ceux de nos hommes,
priuatiuement aux femmes.
[Homil. I]
[Olda Debora.]
Au ſurplus l'animal humain n'eſt homme ny femme, à le bien prendre,
les ſexes eſtants faicts non ſimplement, mais _ſecundum quid_, comme
parle l'Eſchole: c'eſt à dire pour la ſeule propagation. L'vnique
forme & difference de cet animal, ne conſiſte qu'en l'ame humaine. Et
s'il eſt permis de rire en paſſãt, le quolibet ne ſera pas hors de
ſaisõ, nous apprenant; qu'il n'eſt rien plus ſemblable au chat ſur vne
feneſtre, que la chatte. L'homme & la femme ſont tellement vns, que ſi
l'homme eſt plus que la femme, la femme eſt plus que l'homme. L'homme
fut creé maſle & femelle, dit l'Eſcriture, ne comptant ces deux que
pour vn. Dont Ieſus-Chriſt eſt appellé fils de l'homme, bien qu'il ne
le ſoit que de la femme. Ainſi parle apres le grãd Sainct Baſile: La
vertu de l'homme & de la femme eſt meſme choſe, puis que Dieu leur a
decerné meſme creation & meſme honneur: _maſculum & fœminam fecit eos_.
Or en ceux de qui la Nature eſt vne & meſme, il faut que les actions
auſſi le ſoient, & que l'eſtime & loyer en ſuitte ſoient pareils, où
les œuures ſont pareilles. Voila donc la depoſition de ce puiſſant
pilier, & venerable teſmoing de l'Egliſe. Il n'eſt pas mauuais de ſe
ſouuenir ſur ce poinct, que certains ergotiſtes anciens, ont paſſé
iuſques à cette niaiſe arrogance, de debattre au ſexe feminin l'image
de Dieu à difference de l'homme: laquelle image ils deuoient, ſelon
ce calcul attacher à la barbe. Il failloit de plus & par conſequent,
deſnier aux femmes l'image de l'homme, ne pouuant luy reſſembler, ſans
qu'elles reſſemblaſſent à celuy auquel il reſſemble. Dieu meſme leur
a departy les dons de Prophetie indifferamment auec les hommes, les
ayant eſtablies auſſi pour Iuges, inſtructrices & conductrices de ſon
Peuple fidelle en paix & en guerre: & qui plus eſt, rendu triumphantes
auec luy des hautes victoires, qu'elles ont auſſi maintefois emportées
& arborées en diuers lieux du Monde: mais ſur quelles gens, à voſtre
aduis? Cyrus & Theſeus: à ces deux on adiouſte Hercules, lequel
elles ont ſinon vaincu, du moins bien battu. Auſſi fut la cheute de
Pentaſilée, couronnemẽt de la gloire d'Achilles: oyez Seneque &
Ronſard parlans de luy.
L'Amazone il vainquit dernier effroy des Grecs.
Pentaſilée il rua ſur la poudre.
[Entre autres au Calendrier des Grecs, publié par Genebrard.]
[Epiſt.]
[Electra.]
Ont elles au ſurplus, (ce mot par occaſion) moins excellé de foy, qui
comprend toutes les vertus principales, que de ſuffiſance & de force
magnanime & guerriere? Paterculus nous apprend, qu'aux proſcriptions
Romaines, la fidelité des enfãs fut nulle, des affranchis legere,
des femmes treſgrande. Que ſi Sainct Paul, ſuyuãt ma route des
teſmoignages ſaincts, leur deffend le miniſtere & leur commande le
ſilence en l'Egliſe: il eſt euident que ce n'eſt point par aucun
meſpris: ouy bien ſeulement, de crainte qu'elles n'eſmeuuent les
tentations, par cette montre ſi claire & publique qu'il faudroit
faire en miniſtrant & preſchant, de ce qu'elles ont de grace & de
beauté plus que les hommes. Ie dis que l'exemption de meſpris eſt
euidente, puiſque cet Apoſtre parle de Theſbé comme de ſa coadiutrice
en l'œuure de noſtre Seigneur, ſans toucher le grand credit de Saincte
Petronille vers ſainct Pierre: & puis auſſi que la Magdeleine eſt
nommée en l'Egliſe egale aux Apoſtres, _par Apoſtolis_. Voire que
l'Egliſe & eux-meſmes ont permis vne exception de ceſte reigle de
ſilence pour elle, qui preſcha trente ans en la Baume de Marſeille au
rapport de toute la Prouence. Et ſi quelqu'vn impugne ce teſmoignage
de predications, on luy demandera que faiſoient les Sibyles, ſinon
preſcher l'Vniuers par diuine inſpiration, ſur l'euenement futur de
Ieſus-Chriſt? Toutes les anciennes Nations cõcedoient la Preſtriſe
aux fẽmes, indifferemment auec les hommes. Et les Chreſtiens ſont au
moins forcez de conſentir, qu'elles ſoyent capables d'appliquer le
Sacrement de Bapteſme: mais quelle faculté de diſtribuer les autres,
leur peut eſtre iuſtement deniée; ſi celle de diſtribuer ceſtuy-là,
leur eſt iuſtement accordé? De dire que la neceſſité des petits enfãs
mourãs, ait forcé les Peres anciens d'eſtablir cet vſage en deſpit
d'eux: il eſt certain qu'ils n'auroient iamais creu que la neceſſité
les peuſt diſpenſer de mal faire, iuſques aux termes de permettre
violer & diffamer l'application d'vn Sacrement. Et partant concedans
ceſte faculté de diſtribution aux femmes, on void à clair qu'ils ne les
ont interdites de diſtribuer les autres Sacremẽs, que pour maintenir
touſiours plus entiere l'auctorité des hommes; ſoit pour eſtre de leur
ſexe, ſoit afin qu'à droit ou à tort, la paix fuſt plus aſſeurée entre
les deux ſexes, par la foibleſſe & rauallement de l'vn. Certes ſainct
Ieroſme eſcrit ſagement à noſtre propos; qu'en matiere du ſeruice de
Dieu, l'eſprit & la doctrine doiuent eſtre conſiderez, non le ſexe.
Sentence qu'on doit generaliſer, pour permettre aux Dames à plus
forte raiſon, toute action & ſciẽce honneſte: & cela ſuyuant auſſi
les intentions du meſme ſainct, qui de ſa part honnore & auctoriſe
bien fort leur ſexe. Dauantage ſainct Iean l'Aigle & le plus chery des
Euangeliſtes, ne meſpriſoit pas les fẽmes, non plus que ſainct Pierre,
ſainct Paul & ces deux Peres, i'entends ſaint Baſile & ſainct Ieroſme;
puis qu'il leur addreſſe ſes Epiſtres particulieremẽt: ſans parler
d'infinis autres Ss: ou Peres, qui font pareille addreſſe de leurs
Eſcrits. Quand au faict de Iudith ie n'en daignerois faire mention s'il
eſtoit particulier, cela s'appelle dependant du mouuement & volonté de
ſon auctrice: non plus que ie ne parle des autres de ce qualibre; bien
qu'ils ſoient immenſes en quantité, comme ils ſont autant heroiques en
qualité de toutes ſortes, que ceux qui couronnent les plus illuſtres
hommes. Ie n'enregiſtre point les faicts priuez, de crainte qu'ils
ſemblent, non aduantages & dons du ſexe, ains boüillons d'vne vigueur
priuée & ſpecialle. Mais celuy de Iudith merite place en ce lieu,
parce qu'il eſt bien vray, que ſon deſſein tombant au cœur d'vne ieune
dame, entre tant d'hommes laſches & faillis de cœur, à tel beſoing, en
ſi haulte & ſi difficile entrepriſe, & pour tel fruict, que le ſalut
d'vn Peuple & d'vne Cité fidelle à Dieu: ſemble pluſtoſt eſtre vne
inſpiration & prerogatiue diuine vers les femmes, qu'vn traict purement
voluntaire. Comme auſſi le ſemble eſtre celuy de la Pucelle d'Orleans,
accompagné de meſmes circonſtances enuiron, mais de plus ample & large
vtilité, s'eſtendant iuſques au ſalut d'vn grand Royaume & de ſon
Prince.
[Æneid. I. alluſion.]
_Cette illuſtre Amazone inſtruicte aux ſoins de Mars,
Fauche les eſcadrons & braue les hazars:
Veſtant le dur plaſtron ſur ſa ronde mammelle,
Dont le bouton pourpré de graces eſtincelle:
Pour couronner ſon chef de gloire & de lauriers,
Vierge elle oſe affronter les plus fameux guerriers._
Adjouſtons que la Magdelene eſt la ſeule ame, à qui le Redempteur
ait iamais prononcé ce mot, & promis cette auguſte grace: En tous
lieux où ſe preſchera l'Euangile il ſera parlé de toy. Ieſus-Chriſt
d'autrepart, declara ſa tres heureuſe & tres glorieuſe reſurrection
aux dames les premieres, affin de les rẽdre, dit vn venerable Pere
ancien, Apoſtreſſes aux propres Apoſtres: cela, cõme lon ſçait, auec
miſſion expreſſe: Va, dit il, à cette cy meſme, & recite aux Apoſtres &
à Pierre ce que tu as veu. Surquoy il faut notter, qu'il manifeſta ſa
nouuelle naiſſance eſgalement aux femmes qu'aux hommes, en la perſonne
d'Anne fille de Phannel, qui le recongneut en meſme inſtant, que le bon
vieillard Sainct Simeon. Laquelle naiſſance, d'abondant, les Sybilles
nommées, ont predite ſeules entre les Gentils, excellent priuilege du
ſexe feminin. Quel honneur faict aux femmes auſſi, ce ſonge ſuruenu
chez Pilate; s'addreſſant à l'vne d'elles priuatiuement à tous les
hommes, & en telle & ſi haulte occaſion. Et ſi les hommes ſe vantent,
que Ieſus-Chriſt ſoit nay de leur ſexe, on reſpond, qu'il le failloit
par neceſſaire bien ſceance, ne ſe pouuant pas ſans ſcandale, meſler
ieune & à toutes les heures du iour & de la nuict parmy les preſſes,
aux fins de conuertir, ſecourir & ſauuer le genre humain, s'il euſt
eſté du ſexe des femmes: notamment en face de la malignité des Iuifs.
Que ſi quelqu'vn au reſte eſt ſi fade; d'imaginer maſculin ou feminin
en Dieu, bien que ſon nom ſemble ſonner le maſculin, ny conſequemment
beſoin d'acception d'vn ſexe pluſtoſt que de l'autre, pour honnorer
l'incarnation de ſon fils; cettuy cy monſtre à plein iour, qu'il eſt
auſſi mauuais Philoſophe que Theologien. D'ailleurs, l'aduantage
qu'ont les hommes par ſon incarnation en leur ſexe; (s'ils en peuuent
tirer vn aduantage, veu cette neceſſité remarquée) eſt cõpenſé par
ſa conception tres precieuſe au corps d'vne femme, par l'entiere
perfection de cette femme, vnique à porter nom de parfaicte entre
toutes les creatures purement humaines, depuis la cheute de nos
premiers parens, & par ſon aſſumption vnique en ſuiect humain auſſi.
Finalement ſi l'Eſcripture a declaré le mary, chef de la femme, la plus
grande ſottiſe que l'homme peuſt faire, c'eſt de prendre cela pour
paſſedroict de dignité. Car veu les exemples, aucthoritez & raiſons
nottées en ce diſcours, par où l'egalité des graces & faueurs de Dieu
vers les deux eſpeces ou ſexes eſt prouuée, voire leur vnité meſme, &
veu que Dieu prononce: Les deux ne ſeront qu'vn: & prononce encores:
L'hõme quittera pere & mere pour ſuiure ſa femme; il paroiſt que cette
declaration n'eſt faicte que par le beſoin expres de nourrir paix en
mariage. Lequel beſoin requeroit, ſans doubte, qu'vne des parties
cédaſt à l'autre, & la preſtance des forces du maſle ne pouuoit pas
ſouffrir que la ſoubmiſſiõ vĩt de ſa part. Et quand bien il ſeroit
veritable, ſelon que quelques vns maintiennent, que cette ſoubmiſſion
fut imposée à la femme pour chaſtiement du peché de la pomme: cela
encores eſt bien eſloigné de conclure à la pretendue preferance de
dignité en l'homme. Si lon croioit que l'Eſcripture luy commendaſt de
ceder à l'homme, comme indigne de le contrecarrer, voyez l'abſurdité
qui ſuiuroit: la femme ſe treuueroit digne d'eſtre faicte à l'image du
Createur, de iouyr de la treſſaincte Eucariſtie, des myſteres de la
Redemptiõ, du Paradis & de la viſion voire poſſeſſion de Dieu, non pas
des aduantages et priuileges de l'homme: ſeroit ce pas declarer l'homme
plus precieux & releué que telles choſes, & partant commettre le plus
grief des blaſphemes?