JULIE, LISETTE, se tenant d'abord dans le fond; ARISTE,
ORGON.
ORGON, bas, à Ariste, en apercevant Julie.
La voilà, je crois, qui paroit. Elle est, ma foi, aimable.
JULIE, bas, à Lisette.
Ariste parle à quelqu'un. N'avançons pas, Lisette.
LISETTE.
Vous êtes la première personne jeune et jolie qui craigniez de
vous montrer.
ARISTE, à Julie.
Approchez, Julie. (En lui montrant Orgon.) Vous êtes sans
doute instruite du sujet qui amène monsieur ici? Il me fait
une proposition à laquelle je souscris volontiers, si elle
vous touche autant que l'on me le fait entendre.
JULIE, troublée.
J'ignore, monsieur, de quoi il est question.
ARISTE.
Ne dissimulez pas davantage. J'aurois lieu de m'offenser du
peu de confiance que vous auriez en moi. Rassurez-vous, Julie
; votre penchant n'est point un crime, et je ne vous reproche
rien, que le secret que vous m'en avez fait.
JULIE.
En vérité, monsieur... (A Lisette.) Lisette?...
LISETTE, l'interrompant.
Eh bien! Lisette? Je gage qu'on veut vous parler de mariage.
Cela est-il si effrayant? Il y a cent filles qui, en pareil
cas, seroient intrépides.
ARISTE, bas, à Orgon.
Elle s'obstine à se taire. Il faut lui pardonner cette
timidité. Je fais réflexion que je lui parlerai mieux en
particulier. Laissons-la revenir de l'embarras que tout ceci
lui cause, et soyez persuadé que je m'emploierai tout entier
pour que la chose aille selon vos désirs.
ORGON, bas.
Je vous en suis obligé. (Regardant Julie.) Elle a une certaine
grâce, une certaine modestie qui me feroient souhaiter d'être
mon neveu.
(Il sort, en saluant affectueusement Julie, et Ariste va le
reconduire.)